Une pétition en ligne a déjà franchi le seuil des 460 000 signatures contre la proposition de loi de Caroline Yadan, qui sera examinée les 16 et 17 avril à l’Assemblée nationale. Portée par la députée des Français de l’étranger (circonscription incluant notamment Israël), ce texte prétend lutter contre les « formes renouvelées de l’antisémitisme » en élargissant l’apologie du terrorisme aux propos implicites, en créant un délit de négation de l’État d’Israël et en assimilant toute comparaison entre Israël et le régime nazi à une banalisation de la Shoah. Pour les pétitionnaires, il s’agit d’un amalgame dangereux entre haine des Juifs et critique légitime de la politique de Benjamin Netanyahou.

Le 16 avril, l'Assemblée nationale examinera un texte qui ferait de la critique de la politique israélienne un délit pénal en France. Portée par une députée dont les électeurs vivent en Israël, la loi Yadan franchit une ligne rouge : celle qui sépare la lutte légitime contre l'antisémitisme de la soumission de la loi française aux intérêts d'une puissance étrangère. Contestée, à ce jour, une pétition en ligne a déjà franchi le seuil des 460 000 signatures contre cette proposition de loi de Caroline Yadan.
Une proposition de loi explosive avant même son examen
Déposée par la députée Caroline Yadan, élue des Français de l’étranger et affiliée au groupe présidentiel, la proposition de loi vise officiellement à « lutter contre les formes renouvelées de l’antisémitisme ». Mais derrière cette formulation consensuelle se cache un dispositif juridique bien plus inquiétant.

Le texte entend notamment élargir le délit d’apologie du terrorisme à des propos « implicites », introduire un délit inédit de « négation de l’État d’Israël » et étendre le cadre répressif existant concernant la Shoah aux comparaisons entre Israël et le régime nazi. En pratique, ces dispositions ouvrent la voie à une judiciarisation du débat politique autour du conflit israélo-palestinien.

La pétition, déposée le 18 février sur le site officiel de l'Assemblée nationale par un demandeur d'emploi de 26 ans, a déjà franchi le seuil des 461 000 signatures. La pétition « Non à la loi Yadan » dénonce explicitement « l’amalgame entre l’antisémitisme et la critique d’Israël (antisionisme) » et pointe le risque de museler le soutien à la cause palestinienne, y compris dans le contexte des accusations de génocide à Gaza.

Pour déclencher un débat dans l'hémicycle, le seuil des 500 000 signatures issues d'au moins 30 départements différents doit être atteint — avec l'accord de la conférence des présidents de groupe. C'est la deuxième fois seulement dans l'histoire de la Ve République qu'une pétition parlementaire approche ce niveau de mobilisation. La première, sur la loi Duplomb autorisant des pesticides dangereux, avait dépassé les 2 millions de signatures avant d'obtenir un débat en février dernier.
Qui est Caroline Yadan ?
L'auteure du texte n'est pas une inconnue. Caroline Yadan est députée des Français de l'étranger — une circonscription qui couvre notamment Israël — et apparentée au groupe macroniste Ensemble pour la République. Son ancrage électoral parmi les Français établis en Israël n'est pas sans soulever des questions sur les ressorts de cette initiative législative.

Caroline Yadan, qui a quitté le groupe Ensemble pour la République après la reconnaissance française de l’État de Palestine, défend avec constance les positions israéliennes.

En élargissant la répression aux « propos implicites » et aux comparaisons historiques, le texte offre aux juges un pouvoir discrétionnaire inédit, transformant le débat géopolitique en délit potentiel. C’est la stratégie habituelle des gouvernements en difficulté : instrumentaliser la mémoire pour verrouiller la critique d’un allié stratégique. Or, lutter contre l’antisémitisme – fléau réel – ne saurait justifier de confondre une communauté avec la politique d’un gouvernement.
À l'heure où le bilan humain à Gaza dépasse toute mesure, criminaliser la comparaison ou la critique revient à mettre la loi au service de la raison d'État. Ce n'est plus de la lutte contre la haine. C'est de la censure déguisée.






