Dans une indifférence relative, le Sénat a longuement débattu la proposition française de loi sur l'euthanasie. Derrière les débats éthiques avec de grandes postures philosophiques, Elise Rochefort fait le point sur les cabinets de lobbying qui ont agi dans l'ombre pour façonner le texte.

L'ouverture des débats parlementaires au Sénat en janvier 2026 concernant les propositions de loi sur la fin de vie marque une étape charnière dans l'histoire de la bioéthique française. Ce moment législatif, décomposé en deux textes distincts — l'un relatif au renforcement des soins palliatifs et l'autre, plus controversé, créant une « assistance médicale à mourir » — a généré une forte mobilisation des structures de représentation d'intérêts.
L'analyse des forces en présence révèle une professionnalisation accrue du lobbying parlementaire, où des cabinets spécialisés interviennent non seulement pour assurer une veille législative, mais également pour coconstruire la norme juridique aux côtés des sénateurs. Dans un contexte marqué par le rejet du texte sur l'aide à mourir par le Sénat le 28 janvier 2026, il convient d'examiner avec précision l'identité des cabinets à la manœuvre, la nature des amendements défendus et les intérêts économiques ou éthiques qu'ils servent.

L'architecture institutionnelle et le rôle pivot des cabinets d'affaires publiques
Le processus législatif de 2026 s'inscrit dans le prolongement de la Convention citoyenne sur la fin de vie et des avis du Conseil économique, social et environnemental (CESE), qui avaient conclu à l'inadaptation du cadre actuel. Cependant, le passage au Sénat a agi comme un filtre conservateur, modifiant substantiellement l'équilibre des textes initialement adoptés par l'Assemblée nationale en mai 2025. Cette transformation est le résultat d'une stratégie d'influence multidimensionnelle orchestrée par plusieurs cabinets de conseil.

Boury, Tallon & Associés : l'ingénierie législative au service du secteur médical
Le cabinet Boury, Tallon & Associés s'impose comme l'acteur central de cette séquence. Sa domination, attestée par sa position de tête dans les consultations du répertoire de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) début 2026, témoigne d'une implication profonde dans les dossiers de santé publique.

