L'humeur de Veerle Daens : Trump réintronise le mondialisme à Davos

L'humeur de Veerle Daens : Trump réintronise le mondialisme à Davos


Partager cet article

C’est une image qui devrait faire s’étrangler dans leur café matinal bon nombre de souverainistes français, ceux-là mêmes qui ont passé les derniers mois à célébrer le retour de Donald Trump comme le messie des nations libres. Le voilà, l’iconoclaste, le "destructeur de l'ordre établi", atterrissant dans la station de ski la plus chère du monde, flanqué d'une délégation qui ferait pâlir d'envie n'importe quel monarque européen.

Donald Trump est à Davos. Et non, il n'est pas venu pour dynamiter le Centre de Congrès avec de la dynamite intellectuelle libertarienne. Il est venu pour renégocier le bail.

Le mythe du Trump anti-mondialiste

Pour la libertarienne cohérente que je suis, le spectacle est d’une ironie mordante. En France, une certaine droite nationale a construit une cathédrale d'espoirs sur l'idée que Trump allait démanteler la mécanique mondiale. C'est une erreur d'analyse fondamentale. Trump n'a jamais été contre le pouvoir mondial ; il a toujours été contre le fait que ce pouvoir soit partagé.

L’humeur de Veerle Daens : Bardella, tombeur de cagoles à particules ?
La presse italienne n’a pas manqué l’information : Jordan Bardella s’est affiché, à la sortie de la très chic soirée du Figaro au Grand Palais, pour le 200è anniversaire du quotidien de la famille Dassault, aux côtés de la princesse Marie-Caroline Bourbon des Deux-Siciles. Il y a quelque chose de fascinant

Ce que nous voyons émerger à Davos, débarrassé des oripeaux du « wokisme » et des sermons moralisateurs sur le climat (les fameux critères ESG que l'Amérique s'apprête à déchiqueter), ce n'est pas la fin du mondialisme. C'est sa mutation vers un mondialisme transactionnel.

Groenland : qui seront les premiers avachis français à se coucher devant Trump? par Veerle Daens
L’encre des éditoriaux larmoyants sur le “kidnapping” de Nicolás Maduro était à peine sèche que le cow-boy orange de la Maison Blanche posait déjà son revolver sur la tempe de l’Europe. Après le Venezuela pour le pétrole, voici le Groenland pour les terres rares et la gloire. La

Le « mondialisme version Schwab » voulait réguler votre consommation de viande et vos pronoms au nom du Bien Commun™. Le « mondialisme version Trump » veut réguler vos chaînes d'approvisionnement et vos tarifs douaniers au nom de l'Intérêt Américain. Dans les deux cas, pour l'individu libre et l'entrepreneur indépendant, le résultat est le même : l'État (ou un cartel d'États) décide, le marché obéit.

Le capitalisme de connivence (Cronyism) 2.0

Pourquoi Trump est-il à Davos avec une telle suite ? Parce que Davos est, par essence, le temple du capitalisme de connivence (crony capitalism). C'est l'endroit où le Big Business couche avec le Big Government pour écrire des règles qui empêchent les petits concurrents d'entrer sur le marché.

Les souverainistes français pensaient que Trump allait renverser la table. En réalité, il vient s'asseoir en bout de table pour présider le conseil d'administration.

  • Il ne vient pas prêcher le libre-échange (la seule véritable position libertarienne).
  • Il vient imposer un managed trade (commerce administré).

Ce n'est pas le retour de la souveraineté pour la France ou l'Europe. C'est le retour de la vassalisation assumée. Le message de Trump à l'élite de Davos est simple : "Vous pouvez continuer à faire du business, mais désormais, le péage se paie à Washington, et en cash."

Les cocus magnifiques du souverainisme tricolore

C’est ici que la pilule est la plus amère pour les partisans français de Trump. Ils ont confondu « souverainisme » (chacun maître chez soi) et « impérialisme unilatéral » (je suis maître chez moi ET chez toi).

Comment Sarah Knafo (avec la presse Bolloré) justifiera la prise du Groenland par Trump, par Veerle Daens
Ah, la souveraineté ! Ce mot magique, ce sésame politique qui s’ouvre à toutes les sauces, comme un frigo de célibataire un dimanche soir. Sarah Knafo, égérie d’un parti qui a fait de la récupération sémantique un sport olympique, s’étonne qu’on galvaude le concept. Elle a raison,

En applaudissant le protectionnisme américain, les souverainistes français ont applaudi l'arme qui est maintenant braquée sur nos exportations de vins, de fromages et de luxe. Ils ont cru que la fin du multilatéralisme onusien (souvent inefficace et bureaucratique, certes) signifierait le retour des libertés nationales.

Or, la nature a horreur du vide. Si vous retirez le droit international — aussi imparfait soit-il — vous ne retrouvez pas la liberté ; vous retrouvez la loi du plus fort. Et dans la jungle de Davos, le plus fort, c'est celui qui a le plus gros marché de consommation et la monnaie de réserve.

La liberté, grande absente

Au final, que ce soit le mondialisme progressiste de Klaus Schwab ou le mondialisme nationaliste de Donald Trump, le perdant reste le même : l'individu.

On remplace simplement une ingérence morale (l'écologie punitive, l'inclusivité forcée) par une ingérence économique (tarifs douaniers, guerres commerciales, subventions aux amis du pouvoir). Le "Wokisme" disparaît peut-être des couloirs de Davos, mais l'Étatisme, lui, se porte à merveille. Il a juste changé de casquette : elle est rouge désormais.

Pour nous, libéraux, peu importe que la botte qui nous écrase soit fabriquée en Chine de manière "durable" ou aux USA avec du "beau charbon propre". L'important, c'est qu'on aimerait bien qu'on nous l'enlève du visage.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Comment la guerre en Iran va renforcer le dollar et compliquer la politique protectionniste de Trump, par Vincent Clairmont

Comment la guerre en Iran va renforcer le dollar et compliquer la politique protectionniste de Trump, par Vincent Clairmont

Alors que Donald Trump a lancé l’opération « Epic Fury » le 28 février 2026 dans l’espoir de restaurer une forme de suprématie géopolitique par la force, il se retrouve aujourd’hui piégé dans un paradoxe monétaire qu'il n'avait pas anticipé. En déclenchant les hostilités contre Téhéran, le 47e président des États-Unis a involontairement déclenché une machine à broyer sa propre ambition économique : un dollar trop fort qui asphyxie ses espoirs de réindustrialisation et de taux d’intérêt au planch


Rédaction

Rédaction

Faut-il interpréter les mesures d'urgence de Black Rock comme le signe avant-coureur d'un krach? par Vincent Clairmont

Faut-il interpréter les mesures d'urgence de Black Rock comme le signe avant-coureur d'un krach? par Vincent Clairmont

Le tableau d'ensemble : en mars 2026, BlackRock a activé ses mécanismes de restriction ("gates") sur le fonds HPS Corporate Lending Fund (HLEND), un mastodonte de 26 milliards de dollars spécialisé dans le crédit privé. Face à une vague de demandes de retrait atteignant 9,3 % de sa valeur liquidative (NAV), le gestionnaire a plafonné les sorties à 5 %, laissant environ 600 millions de dollars de demandes en suspens. Pourquoi c'est important : ce n'est pas un incident isolé, mais le premier v


Rédaction

Rédaction

Couronne norvégienne : pourquoi c'est le moment d'acheter, par Vincent Clairmont

Couronne norvégienne : pourquoi c'est le moment d'acheter, par Vincent Clairmont

Le grand portrait : En ce mois de mars 2026, alors que les marchés mondiaux sont secoués par l'escalade militaire en Iran, une devise se détache du lot non pas seulement comme un refuge, mais comme une anomalie de rendement et de solidité : la couronne norvégienne (NOK). Une offre exceptionnelle ce WEEK-END Pour vous aider à faire face au krach qui arrive, le Courrier vous propose un Guide opérationnel GRATUIT pour tout nouvel abonnement à 79€/an. Ce Guide vous dévoilera les


Rédaction

Rédaction

Macron est-il sérieux lorsqu'il affirme qu'il ne nous entraîne pas dans la guerre?

Macron est-il sérieux lorsqu'il affirme qu'il ne nous entraîne pas dans la guerre?

Nous revoilà plongés dans ce monde d'Ubu que j'affectionne tant de décrypter pour vous. Depuis le déclenchement de l'opération américano-israélienne « Midnight Hammer » le 1er mars dernier, le locataire de l'Élysée joue sa partition favorite : celle du grand équilibriste qui parle de paix tout en armant les canons. Alors que les missiles pleuvent et que notre base Al Salam aux Émirats a été touchée, Emmanuel Macron nous assure, droit dans les yeux, que la France prépare des « tirs de défense » m


Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe