Les forces et les faiblesses du régime des mollahs, par Yves-Marie Adeline

Les forces et les faiblesses du régime des mollahs, par Yves-Marie Adeline


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À l’étonnement du monde entier, la révolte iranienne, non seulement ne faiblit pas, mais prend toujours plus d’ampleur, puisque l’agitation dans les grandes villes gagne désormais les bourgs et les campagnes. C’est peut-être le moment d’évaluer, autant que faire se peut, compte tenu de la quasi-omerta des médias occidentaux dont nous allons dévoiler ici les motivations, les forces et les faiblesses du régime islamiste aujourd’hui menacé de succomber à la rue.

La République française n’a pas intérêt à voir s’effondrer la République islamique d’Iran, avec laquelle elle a noué de fructueux partenariats économiques, en particulier par l’intermédiaire de Total. Le Royaume-Uni non plus qui, par l’intermédiaire d’une société-écran, Bow Valley appartenant à la compagnie Dana Energy. La Fédération des royaumes de Malaisie non plus avec la société Petronas, proche des Britanniques.

D’autres puissances peuvent jouer un jeu trouble, par exemple Israël, publiquement désigné par Téhéran comme un ennemi à abattre, mais en privé, les deux Etats se souviennent qu’ils ont le même adversaire : le monde arabe.

Les manifestations de soutien aux femmes iraniennes sont manipulées

C’est pourquoi les manifestations de soutien aux femmes iraniennes, organisées dans des capitales occidentales, sont souvent manipulées. A Paris, Sam Jafarian, au Canada, Hamed Esmaelion, servent de porte-drapeaux d’un mouvement de soutien destiné à s’ensabler dans des contradictions internes anémiantes aboutissant à le neutraliser.

Parallèlement, les médias occidentaux, quand ils s’expriment en quelques mots sur la révolte, insistent sur la répression, présentée comme terrible, donc, implicitement, invincible et dangereuse pour ceux qui se risqueraient à la rejoindre. Ils font également intervenir des starlettes (actrices, écrivaines de plateaux télés) toutes naguère compromises, elles ou leurs familles, avec le régime aujourd’hui combattu ou au moins avec les communistes qui ont facilité leur prise de pouvoir, pour allumer des contre-feux idéologiques.

N’oublions pas que la Perse a probablement inventé le jeu d’échecs

Le régime des mollahs infiltre depuis toujours les communautés d’Iraniens en exil, à la manière soviétique, c’est-à-dire en y suscitant ou en y retournant des figures de proue de la résistance, pour mieux neutraliser ceux qui pourraient présenter un risque crédible.

Nous avons déjà observé qu’à l’intérieur même du pays, le régime a tenté de stigmatiser les Kurdes et les Baloutches, comptant sur le nationalisme plurimillénaire du peuple pour y créer des points de fixation, mais en vain : au contraire, dans ces deux régions, des rassemblements ont faire entendre le slogan « Javid Shah ! » : vive le roi… ce qui est le contraire d’un séparatisme, puisque le roi en question est purement iranien.

La foule crie « Javid shah ! » (vive le roi)

On observe à ce propos une courbe ascendante : quand la foule se contentait – si l’on peut dire – de scander « Reza Shah, rouhad shad ! (sois béni) » – comme nous l’avions signalé dans notre article du 26 octobre dernier – elle faisait allusion au fondateur de l’Iran moderne, grand-père du prince actuel, qui avait entamé une œuvre de modernisation de son pays, poursuivie par son fils Mohamed Reza Shah entre 1941 et 1979 jusqu’à la révolution islamique.

Ci-dessous à Téhéran:

Une autre vidéo, à Eyvankey, au centre de l’Iran la foule cire : Reza Shah, rouhad shah ! (sois béni)

Mais désormais, l’on entend crier « Palhavi ! » (1), qui est le nom de la dynastie renversée par Khomeiny, de sorte que l’on doit comprendre que le slogan « Javid Shah ! » désigne sans ambiguïté possible l’actuel prince Reza, et non plus son grand-père. Ci-dessous une vidéo témoignant de ce phénomène:

Encore une fois, il est difficile de savoir si l’on est soumis à un un effet-loupe, déformant la réalité du terrain, ou bien si ces slogans, sur lesquels nos médias subventionnés observent un silence total, traduisent une force politique montante ou pas. Nous exposerons prochainement les forces et les faiblesses du prince Reza qui incarne cette tendance dont on ignore si elle est majoritaire ou non.

À Karaj, dans le nord de l’Iran, banderole appelant au retour de Reza Pahlavi :

(1) Avant Reza Shah Ier, les Iraniens n’avaient pas de patronyme, sauf les nobles. Pour donner l’exemple, ce roi qui avait renversé la dynastie des Kadjars avait adopté le nom Palhavi emprunté à la langue du même nom, ou moyen-persan, que l’on parlait à l’époque des Sassanides, ce qui en disait long sur la volonté de ce nouveau monarque de rappeler le passé anté-islamique du pays.


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