Le directeur de l'AFD prendrait la tête de la Cour des Comptes, par Elise Rochefort

Le directeur de l'AFD prendrait la tête de la Cour des Comptes, par Elise Rochefort


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Au-delà de la polémique politique et du style offensif propre à Sarah Knafo sur X, l'interpellation de la députée européenne soulève une question de fond qui mérite qu'on s'y arrête calmement : celle de la responsabilité de nos hauts fonctionnaires et de la cohérence de nos choix budgétaires.

Le cas de Rémi Rioux, cité dans ce message, est à cet égard un cas d'école intéressant pour qui s'intéresse à la gestion de l'État.

Rémi Rioux n'est pas n'importe qui. C'est un grand serviteur de l'État, au parcours brillant, certes. Mais c'est aussi un homme dont les responsabilités passées et présentes interrogent, à l'heure où l'on demande aux Français des efforts historiques pour combler le déficit.

Rappelons les faits. Entre 2012 et 2014, en tant que directeur de cabinet de Pierre Moscovici à Bercy, Rémi Rioux a été l'une des chevilles ouvrières de la politique fiscale du début du quinquennat Hollande. Une période marquée, il faut le dire, par un choc fiscal massif qui a pesé lourdement sur les ménages et les entreprises, sans pour autant réussir à endiguer durablement la dette à l'époque.

Mais c'est surtout sa casquette actuelle qui suscite le débat. Depuis 2016, il dirige l'Agence Française de Développement (AFD). Sous son mandat, le budget de l'aide au développement a connu une croissance exponentielle, visant les 0,55 % du revenu national brut. L'intention est louable, la France doit tenir son rang. Mais le diable se niche dans les détails de l'exécution.

Ce que l'on peut questionner aujourd'hui, ce n'est pas le principe de l'aide, mais son ciblage. Sous la direction de M. Rioux, l'AFD a continué de financer des projets dans des pays émergents qui sont désormais nos concurrents économiques directs, comme la Chine ou le Brésil, souvent au nom de la "diplomatie climatique".

Est-il pertinent, alors que nos services publics sont à l'os et que l'on cherche 60 milliards d'économies, de maintenir une telle prodigalité sans un audit plus strict de l'efficacité de chaque euro dépensé à l'étranger ?

C'est là tout le paradoxe soulevé, peut-être maladroitement mais justement, par cette actualité. Dans le secteur privé, une stratégie qui ne porte pas ses fruits entraîne un changement de management. Dans la haute administration, on a parfois le sentiment que la continuité prime sur l'évaluation.

La question n'est donc pas de faire le procès d'un homme, mais de s'interroger sur notre culture administrative : peut-on continuer à confier les clés de la dépense à ceux qui l'ont orchestrée hier, sans jamais exiger un véritable bilan coût-avantage ? En matière de finances publiques, la compétence est une chose, mais la cohérence en est une autre.


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