L'audiovisuel public, temple du capitalisme socialiste de connivence

L'audiovisuel public, temple du capitalisme socialiste de connivence


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Si vous avez la mauvaise idée d'être contribuable (donc de ne pas suivre nos conseils d'optimisation), plongez-vous dans les débats houleux de la Commission d'enquête sur l'audiovisuel public. Ils vous dégoûteront à jamais de payer l'impôt...

Pendant ma pause de midi, je me suis offert le luxe de passer 90 minutes devant les débats de la Commission d'enquête dont Charles Alloncle, maintenant légendaire pour une pugnacité un peu limite, en tout cas inhabituelle dans le monde feutré du septième arrondissement, est le rapporteur. On y parle exclusivement financement de l'audiovisuel public, ce qui peut paraître rébarbatif pour les sécessionnistes dans mon genre (je n'ai pas vu un extrait de journal télévisé depuis dix-huit mois, je pense).

Néanmoins, si vous admettez l'hypothèse, défendue par le Courrier et documentée aux meilleures sources, celles des services américains, selon laquelle l'information est "militarisée" depuis une bonne quarantaine d'années, que nous vivons une guerre de contre-insurrection de la part de la caste effrayée par la montée du "populisme", et que, dans ce contexte, le contrôle de l'audiovisuel public est un enjeu de sécurité nationale, alors il n'est pas inintéressant de suivre ces débats foisonnants, parfois outrageusement compliqués par l'émotion et par de grands déballages impudiques.

Et, dans cette perspective-là, je dois dire que les 90 minutes que j'ai passées m'ont plutôt régalé.


Hier, donc, était auditionné un trio de personnalités hétéroclites : Michel Drucker, Patrick Sébastien et Jacques Cardoze, donc un survivant de l'audiovisuel public et deux bannis.

La seule simultanéité de ces trois figures très différentes valait vraiment le déplacement. C'est un peu comme si l'Assemblée Nationale avait voulu faire concurrence aux émissions de variété programmées à la télévision, en plaçant côte à côte le bon, la brute et le truand. Il fallait voir Drucker avec son éternel sourire figé (à croire qu'un chirurgien esthétique le lui a greffé à vie) éviter soigneusement les balles qui traversaient la salle de commission, il fallait entendre Patrick Sébastien étaler son ressentiment d'homme blanc de plus de cinquante ans qui tonitrue sur ses qualités artistiques, et Cardoze nier qu'il a profité d'un système qui a fini par le broyer.

Les deux bannis ont passé beaucoup de temps à expliquer - sans le dire de façon claire - que l'audiovisuel public était un fief de la bien-pensance de gauche, dans ce qu'elle a de plus étroit, de plus intolérant, de plus décadent... faites de patrouilles idéologiques qui avaient fini par les rattraper. Michel Drucker a parfaitement illustré leurs propos en se confondant de déclarations d'amour pour la terre entière. À plus de 80 ans, l'animateur historique qui joue les prolongations a fini par clamer : "Vous ne me ferez pas dire du mal de Delphine Ernotte", avec une telle peur d'être viré à l'issue de la Commission qu'elle se lisait dans ses yeux de lièvre pris dans les phares de la voiture.

Seul un climat de terreur peut conduire un vieillard richissime à s'humilier de cette façon devant les caméras de la représentation nationale.


Le monde de la Culture est une coterie où tout le monde se déteste, mais où chacun doit faire mine d'aimer l'autre, sous peine d'être éliminé du game à tout jamais. C'est le code en vigueur : l'hypocrisie généralisée, élevée au rang de religion. Un cultureux n'est pas jugé sur son talent, mais sur son respect scrupuleux du code : dire du bien en face, et dénigrer une fois le dos tourné. Mieux vaut être artistiquement médiocre mais moralement fielleux, plutôt que l'inverse, si l'on veut exister au pays des subventions audiovisuelles.

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