La Route de la Soie numérique ou l’expansion de la reconnaissance faciale à la façon du Parti Communiste Chinois

La Route de la Soie numérique ou l’expansion de la reconnaissance faciale à la façon du Parti Communiste Chinois


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Ayant déjà provoqué des tensions diplomatiques entre la Chine et les Etats-Unis, la Route de soie numérique est une vraie source de dangers selon des activistes. Ces militants affirment qu’à travers cette stratégie, le pays de Xi Jinping offre aux autocrates des outils d’oppression. Les groupes de défense des droits de l’homme ont d’ailleurs exprimé leur préoccupation sur les dangers liés à l’utilisation de ces systèmes de surveillance.

Lancé en 2013 par Xi Jinping, le projet OBOR (One Belt, One Road – Yi dai Yi lu) vise à “connecter” l’ensemble de la planète à la Chine par des voies de transport plus rapides. Grâce à ses avancées extraordinaires dans les domaines des infrastructures, de la high-tech et du cyber espionnage, la Chine s’affirme de plus en plus comme une puissance mondiale alternative aux États-Unis, et le projet de Nouvelles Routes de la Soie est un élément clé de cette puissance. C’est dans cette optique que le Plan de développement de la nouvelle génération d’intelligence artificielle a vu le jour en 2017, le pays a pour ambition d’être le leader mondial de l’IA d’ici 2030. Très avancée dans le domaine du high-tech et du cyber espionnage, la Chine de Xi Jinping impose un contrôle toujours plus aigu sur son peuple grâce à son système du « crédit social », qui consiste à noter chaque citoyen selon des critères à la fois civiques et idéologiques. Actuellement selon Reuters, des militants affirment que la nouvelle route de la soie de la Chine équipe les autocrates de technologies d’espionnage. Pour accroître leurs capacités de surveillance, beaucoup de ces pays usent de la technologie de reconnaissance faciale chinoise pour mater toutes sortes d’oppositions.

L’influence de la Chine dans le domaine de la technologie numérique

Xi Jinping a lancé la BRI (Belt and Road Initiative) ou la Route de soie numérique  en 2013, visant à exploiter les atouts de la Chine en matière de financement et de construction d’infrastructures pour « construire une vaste communauté d’intérêts partagés » à travers l’Asie, l’Afrique et l’Amérique latine.

Désormais plus de 50 pays de la BRI utilisent les systèmes de reconnaissance faciale basés sur l’IA (Intelligence artificielle) et des technologies numériques pour des raisons de sécurité ou dans le but de construire des villes intelligentes. Mais à l’évidence, cette expansion des systèmes de technologie faciale s’agit avant tout d’une surveillance constante sur la population. Une emprise du pouvoir qui permettra de mater toutes sortes d’oppositions.

En effet, selon le chargé de recherche au Carnegie Endowment for International, Steven Feldstein, ces outils permettent surtout aux dirigeants autoritaires de « traquer et d’intimider les dissidents ». Les groupes de défense des droits de l’homme ont aussi fait part de leur inquiétude sur le danger potentiel lié à la prolifération de ces technologies modernes. Ils indiquent qu’elles sont déployées sans consultation publique et que jusqu’à présent, il n’y a aucune loi stricte qui encadre leur utilisation et assure la protection des données.

Notons que la BRI est un programme de la Chine visant à établir des connexions numériques entre les pays qui se trouvent sur l’ancienne route commerciale de la soie. Selon un rapport de l’Alliance for Securing Democracry (ASD), il inclut la construction de câbles Internet sous-marins, de tours de téléphonie mobile et de centres de données par des entreprises technologiques chinoises.

La Chine constitue le principal fournisseur des technologies de surveillance par IA pour ces différents pays de la BRI. Selon Lindsay Gorman, chargée de mission pour les technologies émergentes à l’ASD, le risque que la Chine collecte des données importantes, et ce, de façon illégale, par le biais de ces outils numériques existe. Elle a ajouté que le lieu de stockage des données qui alimentent ces systèmes de surveillance reste encore un mystère.

Les militants largement menacés

Dans plusieurs pays, les systèmes de surveillance deviennent des outils de répression. Les autorités s’en servent pour traquer les militants et les personnes qui osent critiquer les gouvernements.

Au Cambodge par exemple, la police anti-émeute a utilisé les caméras de surveillance pour surveiller des travailleurs en grève dans la ville de Phnom Penh. Ces derniers savent bien qu’ils ont été enregistrés, mais ils ont déclaré qu’ils n’ont aucun recours. La dirigeante syndicale Chhim Sithar et ses collègues ont décidé d’éteindre leurs téléphones et de ne plus utiliser les réseaux sociaux pour organiser des réunions. Ils préfèrent miser sur les réseaux privés virtuels (VPN).

En outre, les autorités cambodgiennes ont créé une passerelle Internet nationale. C’est une sorte de pare-feu Internet de la Chine ayant pour fonction de bloquer les plateformes de médias sociaux et les sites web. Selon Chak Sopheap, un membre du Centre cambodgien pour les droits de l’homme, l’utilisation de ces systèmes manque de transparence. Le gouvernement n’a donné aucune information concernant le stockage et l’usage des données collectées. Mais le porte-parole du gouvernement cambodgien, Phay Siphan, a toujours nié que ces technologies étaient utilisées pour cibler les militants et les dirigeants syndicaux.

En Birmanie, pour imposer une surveillance constante sur la population, la junte militaire du Myanmar a équipé le pays de systèmes de reconnaissance faciale d’origine chinoise .La police utilise des enregistrements de vidéosurveillance comme preuves lors des procès, ce qui est très dangereux selon l’un des militants. Selon DW, ces appareils sont dotés d’une technologie d’intelligence artificielle qui scanne automatiquement les visages et les plaques d’immatriculation des véhicules dans les lieux publics et alerte les autorités sur les personnes figurant sur une liste de personnes recherchées.

Mais selon les chercheurs du National Institute of Standards and Technology (NIST), un centre affilié au gouvernement américain, les systèmes de reconnaissance faciale actuels ne sont pas toujours fiables. Ils identifient à tort des personnes.

En Europe, depuis le début de la crise du Covid, les méthodes de surveillance  sont un prétexte, pour nos dirigeants et les grandes entreprises occidentales à l’installation de méthodes identiques.


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