Après le sommet (informel, mais réel et profond) d'Alden-Biesen, constatons les dégâts du macronisme. Bientôt la France n'existera plus en tant que Nation, dans l'indifférence générale.

Il y a quelque chose de profondément crépusculaire à observer une nation se défaire de ses propres mains. Ce que les rapports administratifs nomment froidement « transfert de compétences » ou « intégration fédérale » est, en réalité, le lent effilochement d’une étoffe tissée par mille ans de volonté. C’est le passage d’une terre qui criait son nom au monde à une surface lisse, une province anonyme dans un ensemble sans visage.

L’image de la « Cité » grecque, ce lieu où le citoyen se tenait debout face à son destin, s’effondre sous nos yeux. Aujourd'hui, le pouvoir ne se combat plus, il s’évapore. Il part se nicher dans des lointains feutrés, dans des couloirs de verre où la langue n'a plus d'accent et où la décision n'a plus de signature. On nous promet l'efficacité, mais on nous offre l'absence. Le bulletin de vote, autrefois geste sacré de souveraineté, ressemble désormais à une lettre postée vers une adresse qui n'existe plus.

Nous assistons au triomphe du gestionnaire sur le poète, du chiffre sur l'histoire. La France n’est plus une idée singulière, un « modèle » rebelle et fier ; elle devient une strate, une ligne de compte dans un grand livre de bord technocratique. Ce "monde plat" qui s’annonce est celui de l’uniformité, où la norme remplace la loi, et où la procédure étouffe le politique.
Il y a une tristesse infinie dans cette atomisation de l’individu. Dépossédé de son cadre national, de ce toit symbolique qui le protégeait de l'immensité vide, le Français se retrouve seul. Soit il s'enferme dans l'apathie du consommateur, regardant avec un détachement morne sa propre dépossession, soit il se replie sur des identités en miettes, cherchant dans le quartier ou la tribu ce que la nation ne lui offre plus : le sentiment d'appartenir à quelque chose de plus grand que lui.
Le paradoxe est cruel : on nous dit que l'État-nation est trop lourd, mais on le remplace par un mille-feuille bureaucratique encore plus opaque. C'est une servitude qui avance à pas de velours, une soumission sans bruit. On troque notre autonomie contre une promesse de stabilité, oubliant que la liberté ne se négocie pas contre du confort.
C’est un deuil culturel qui ne dit pas son nom. La France a toujours été une volonté. Voir cette volonté se transformer en une simple gestion de flux, c’est assister à la fin d’un cycle. La France quitte l'Histoire pour entrer dans l'administration. Le rideau tombe sur une certaine idée de l’homme libre, laissant derrière lui une mélancolie de pierre et de souvenirs, tandis que les usagers d'une Europe sans âme errent dans les couloirs d'un futur sans relief.



