Des documents surgissent, des noms apparaissent, et les figures installées du pouvoir expliquent qu’elles ne savaient rien. Jack Lang, ancien ministre emblématique de la gauche culturelle, se retrouve à son tour pris dans la tourmente Epstein. Mais sa ligne de défense tient en une phrase :"je dois être un naïf".

Les documents Epstein éclaboussent Jack Lang, 86 ans, ancien ministre de la Culture et actuel président de l’Institut du monde arabe, clame son ignorance et sa bonne foi. Mais les faits révèlent les liens opaques d’une nomenklatura qui se protège depuis des décennies. Le bal des faux-culs est ouvert.
Jack Lang : « blanc comme neige »
Invité sur RTL le 4 février, Jack Lang se dit serein. Il assure n’avoir jamais connu Jeffrey Epstein autrement que comme un homme cultivé, amateur d’art et proche de cercles intellectuels fréquentables. Le mot revient sans cesse : naïveté.
Il affirme ignorer la condamnation de 2008 du financier américain pour crimes sexuels sur mineurs et répète qu’il ne demande pas le casier judiciaire de ses relations.Un argument commode, souvent mobilisé par ceux qui évoluent au sommet des réseaux de pouvoir.

Les documents publiés par le ministère américain de la Justice révèlent pourtant des échanges réguliers. En 2015, Jack Lang et son épouse jouent les intermédiaires dans un projet immobilier à Marrakech à plus de cinq millions d’euros. « J’ai été seulement un messager », tranche-t-il.
Les documents montrent un échange de services continu. Epstein finance une société offshore montée par Caroline Lang, fille de l’ex-ministre ; le financier suggère des questions sur « les nouvelles sexualités » pour un projet éducatif du « Petit Prince »… Chaque fois, Lang minimise : « simple messager », « ne savait pas ».
Offshore, art et argent
Autre révélation : une société offshore montée par Caroline Lang, largement financée par Epstein.
Caroline Lang monte une société financée par Epstein pour acheter des œuvres d'art. Son père concède une "erreur" : elle a laissé faire. Pas d'argent reçu, assure-t-il. Caroline refuse un legs de 5 milliards. Elle dissout la société. Elle démissionne du Syndicat des producteurs indépendants.

Jack Lang assure ne rien connaître des détails financiers. Il insiste : aucun centime n’aurait été perçu, ni par lui ni par sa fille.
Le discours est clair : absence d’enrichissement personnel, donc absence de faute. Une lecture strictement comptable de la morale publique.

Le malaise est renforcé par un passé que Jack Lang préférerait voir oublié. En 1977, il signe une pétition publiée dans Le Monde et relayée par Libération, défendant des adultes poursuivis pour abus sexuels sur mineurs. Le texte relativise les faits, évoque des enfants « consentants » et nie l’existence d’un crime.

Cette pétition fut signée par une large partie de l’intelligentsia de l’époque. Tous protégés les uns par les autres. Tous intégrés au même système.
Jack Lang ne démissionnera pas de la présidence de l’Institut du monde arabe. La confiance, dit-il, est « totale ». Depuis quarante ans, le système culturel et politique français se protège lui-même. Les mêmes noms reviennent, les mêmes excuses aussi. Tout le monde savait. Mais personne ne voyait.




