Il y a 30 ans j’ai voté non à Maastricht. Le bilan est encore pire que ce que j’anticipais!

Il y a 30 ans j’ai voté non à Maastricht. Le bilan est encore pire que ce que j’anticipais!


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Demain, 21 septembre 2022, cela fera trente ans que le traité de Maastricht a été proposé au vote des Français. J'avais voté non pour cinq raisons. L'anticipation est un exercice aléatoire. Malheureusement pour notre pays, j'avais raison dans mon pronostic. A vrai dire, l'état de la France est encore pire que ce qu'on pouvait pronostiquer à l'époque

Les cinq raisons pour lesquelles j’ai voté non à Maastricht en 1992

J’ai voté non à Maastricht en 1992 pour 5 raisons:

  1. Parce que j’étais dans l’opposition à François Mitterrand

Maastricht était une idée de Mitterrand et j’étais dans l’opposition. J’ai suivi la vieille sagesse mitterrandienne selon laquelle, quand on est opposant, on.l’est systématiquement. A l’époque, je militais à l’UDF. Beaucoup de mes amis politiques n’ont pas compris ma position. Mon défaut a toujours été de penser que les mots renvoient à des réalités. Mon parti s’appelait « Union pour la Démocratie Française« . Je ne voulais pas que cette dernière soit vidée de sa substance par une absence de débat sur un sujet qui engageait à ce point la nation. 

2. Je ne croyais pas à la capacité de la classe dirigeante française à s’imposer une politique « de droite ».

Prendre au sérieux le traité de Maastricht conduisait inévitablement à une réduction drastique des dépenses publiques, à une baisse de la fiscalité, à la fin de l’immigration de masse et des dépenses afférentes etc…Là encore, je prenais le texte du traité au sérieux. Or le tempérament radical-socialiste naturel à nos hommes politiques incitait plutôt, me semblait-il, à garder une monnaie nationale. pour pouvoir si besoin dévaluer, créer des emplois, assimiler les jeunes étrangers.

3.Je sentais intuitivement, en plus, que les dépenses publiques augmenteraient à l’abri des taux d’intérêt allemands

Je comprenais moins bien les sujets monétaires qu’aujourd’hui mais quelque chose me disait que le discours des souverainistes de gauche sur « la rigueur », « l’austérité » etc… me paraissait passer à côté de l’essentiel. On pouvait d’ores et déjà comprendre que les marchés s’aligneraient sur les taux allemands. Et, à l’abri des taux allemands, nos hauts fonctionnaires naturellement dépensiers s’en donneraient à coeur joie. il n’y aurait plus la force de rappel des marchés comme dans les années 1980. Chirac, Sarkozy, Hollande, Macron ont porté progressivement le déficit français à p)lus de 100% du PIB! 

4. je pensais que nous étions en train de signer un marché de dupes avec l’Allemagne.

Cette dernière avait fait le choix de la réunification et mis en place un taux de change mark occidental/mark oriental de 1 pour 1 qui était absurde. Il fallait laisser l’Allemagne digérer la casse de l’économie est-allemande. Au lieu de cela nous nous apprêtions à aligner nos taux d’intérêt sur les siens, et à casser notre avantage compétitif. Au moment du vote, la vague des faillites de nos entreprises handicapées par des taux d’intérêt à contretemps. L’opposition – sauf Philippe de Villiers et Jean-Marie Le Pen – ne sut pas parler aux Français de cette réalité. 

5. Enfin je refusais une »Politique étrangère et militaire commune » alignée sur une OTAN qui ne servait plus à rien.

Sinon à empêcher de mettre en place une organisation pacifique de l’Europe, incluant la Russie. Très vite, d’ailleurs, on vit l’inconsistance européenne (les guerres de Yougoslavie) et le cheval de Troie de l’OTAN qu’était l’Union Européenne. Le clownesque Daniel Cohn-Bendit oserait s’écrier, en 1999, que la Guerre du Kosovo était « la guerre d’unification européenne »! 

Destruction de notre démocratie par l’Union Européenne, dérive de nos finances publiques en même temps que casse du modèle français d’assimilation républicaine, qui n’est plus porté par la réussite économique, impuissance face à une Allemagne qui a respecté la discipline de Maastricht et nous a laissés nous endetter pour avoir la main sur notre politique, soumission totale de la France à la politique OTANienne. Le bilan, trente ans plus tard, est pire que ce que j’imaginais à l’époque. Les anticipations sont toujours aléatroires; mais c’est le moment de citer Bernanos: « Le tort des pessimistes, c’est de ne pas l’être assez! ». 

30 ans après le fait d’avoir eu raison sur les 5 points que je mentionne ici ne change rien au fait que mon pays se porte très mal, encore plus mal que les pronostics.


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