Glucksmann : la caste mondialiste riposte au populisme

Glucksmann : la caste mondialiste riposte au populisme

66 % à la primaire, 12 % dans le pays : Glucksmann est le candidat qu'un milieu se donne pour répondre au populisme. Le même procédé qu'en 2017, un autre visage.

5 min de lecture

Partager cet article

par Eric V.

66 % à la primaire, 12 % dans les sondages. Entre ces deux chiffres tient tout ce que Raphaël Glucksmann est : le candidat qu'un milieu se donne à lui-même pour répondre à Le Pen, Mélenchon et Trump. Ce milieu, le journal l'appelle la caste. Il vient de choisir son porte-parole.

LA NEWSLETTER · GRATUITE

Le Courrier,
chaque matin.

L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du Courrier. Dans votre boîte, chaque jour ouvré.

Gratuit. Vous restez libre de partir quand vous voulez.

JE M'INSCRIS lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !
Ne manquez pas nos vidéos exclusives gratuites

Si vous voulez voir les vidéos exclusives de décryptage, rejoignez notre chaîne Telegram gratuite en cliquant sur ce lien :

J'ai Télégram et je rejoins gratuitement la chaîne

Aux Docks d'Aubervilliers, le 13 juin, on pouvait lire la salle comme une liste. Public Sénat l'a dressée : Carole Delga, Marisol Touraine, Anne Sinclair, Bernard Kouchner, Bérénice Bejo, Michel Hazanavicius, Laurence Tubiana, une dizaine de députés, presque autant de sénateurs. Une présidente de région, une ancienne ministre, une figure historique de la télévision, un ancien ministre des Affaires étrangères, deux figures du cinéma, l'architecte de l'accord de Paris sur le climat. Ces gens ne se sont pas concertés pour venir. Ils sont venus parce que c'était là qu'il fallait être. C'est à cela qu'on reconnaît une caste : un ensemble hétéroclite dont les membres réagissent de la même manière sans s'être donné le mot.

La caste existe-t-elle ? ou la France mise sous séquestre
La caste n’est ni une classe ni un complot : un habitus et une fermeture. Épisode 1 de notre série — définition, généalogie, et la France mise sous séquestre.

Quatre mois plus tard, 66,13 % des 120 000 votants de la primaire socialiste lui ont donné l'investiture. Dans le pays, Cluster17 le mesure entre 12 et 14 % ; l'Ifop place Marine Le Pen à 35 %. Le contraste n'est pas une faiblesse de campagne. C'est la définition même de sa candidature : plébiscité par ceux qui décident, ignoré par ceux qui votent.

ABONNEMENT

Allez au fond
des choses.

Deux grands formats par jour. Les cinq plumes du Courrier. La série Sécession, le dimanche.

Le monde commente. Vous, vous comprenez.

S'ABONNER lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Ce que « mondialiste » veut dire ici

Le mot n'est pas une insulte, et il ne désigne aucun complot. Il décrit un horizon de carrière. Raphaël Glucksmann est député européen depuis 2019. Avant cela, il a été conseiller du président géorgien Mikheil Saakachvili, de 2008 à 2012. Son

premier mandat électif, il l'a obtenu à Strasbourg. Ses sujets, il les a choisis à Bruxelles : le filtrage des investissements étrangers, dont il fut rapporteur, un ISF européen, un fonds souverain européen, un Buy European Act. Son programme promet la fin du règlement de Dublin, une convention citoyenne sur l'immigration, le refus de « l'immigration zéro ». La nation y figure comme un échelon d'exécution. La décision, elle, se prend un cran au-dessus.

Et c'est en ces termes qu'il décrit lui-même son combat. À Aubervilliers, il a accusé l'extrême droite de vouloir « vendre la France à Trump et Poutine ». Il a nommé « les trois laisses » qui enserrent le cou des Français : les énergies fossiles, la Chine, le numérique. Il n'en a pas nommé une quatrième : celle que tiennent la Commission, la Cour de justice et les traités. On ne voit pas la laisse qu'on tient soi-même.

Pourquoi la riposte prend cette forme

Le populisme, tel qu'il s'est installé de Washington à Rome, tient en une phrase, et Marco Rubio l'a prononcée à Athènes le 7 octobre : il n'y a « rien d'égoïste ni de répréhensible dans la loyauté envers sa nation ». Face à cela, la caste française n'a pas de doctrine. Elle a un réflexe, et c'est le même depuis 2017 : trouver un homme jeune, européen, bien né, qui parle de progrès, et le placer entre « les extrêmes ».

Les ressemblances avec Macron ne sont pas un hasard, elles sont un procédé. Un mouvement à son nom plutôt qu'un parti, Place publique en 2018 comme En Marche en 2016. Un livre au printemps, puis des salles pleines avant toute déclaration, puis une candidature au journal de 20 heures. Le service national obligatoire, promesse de Macron en 2017, revient tel quel. La convention citoyenne, inventée pour le climat en 2019, est resservie pour l'immigration. Le Buy European est un slogan macronien de la première heure. La caste ne change pas de méthode quand la méthode échoue ; elle change de visage.

Il y a une différence, et elle compte : Glucksmann est passé par une primaire, et il l'a gagnée. Macron avait tout fait pour l'éviter. Mais regardons de près cette primaire. 140 282 inscrits, dont 42 695 sympathisants à 15 euros, un vote en ligne, une liste close le 5 octobre. C'est le corps électoral d'une grande entreprise, pas celui d'un pays. Le peuple de la primaire, c'est le peuple d'Aubervilliers élargi. Il a choisi celui qui lui ressemblait le plus.

TELEGRAM · L'INFO EN CONTINU

Entre deux éditions,
le fil.

La newsletter vous donne le matin. Le fil vous donne l'instant.

Gratuit, et en continu.

REJOINDRE LE FIL t.me/resterlibre
t.me/resterlibre
Restez libre !

Le populisme a produit son adversaire

Et c'est ici qu'il faut cesser de regarder la caste pour nous regarder nous-mêmes. Si la riposte peut prendre la forme d'un homme sans programme chiffré, c'est que le populisme français n'a rien produit depuis huit ans qu'une humeur. Le Rassemblement national à 35 % n'a pas publié son programme pour 2027. Les gilets jaunes ont réclamé un référendum et n'ont jamais écrit la question. Nous avons fourni la colère. La caste a fourni le candidat. Entre une colère sans texte et un texte sans colère, l'électeur modéré choisira le texte, même vide.

TIPS · SANS ABONNEMENT

Offrez-nous
un café.

Un média libre vit de ses lecteurs. Un pourboire ponctuel, sans compte ni engagement, quand le cœur vous en dit.

Vous donnez ce que vous voulez. Vous restez libre.

LAISSER UN POURBOIRE merci !
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Dernier mot

Raphaël Glucksmann n'est pas le candidat de la gauche. Il est le candidat par lequel un milieu qui a gouverné la France depuis 2017, et qui sait qu'il va perdre, organise sa survie sous une autre étiquette. Ce milieu l'a adoubé à 66 %. Le pays l'ignore à 88 %.

Ce qui le fera exister, ce n'est pas lui. C'est nous, si nous persistons à n'opposer à la caste qu'un bulletin de mauvaise humeur. Une riposte ne tient que tant que l'adversaire n'a rien d'autre à proposer qu'un cri.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé