Gaza : l'hiver accable davantage les habitants livrés à eux-mêmes
Photo by Wanman uthmaniyyah / Unsplash

Gaza : l'hiver accable davantage les habitants livrés à eux-mêmes


Partager cet article

À Gaza, l'arrivée de l'hiver transforme la survie en calvaire. Les fortes pluies inondent des camps de déplacés où s'entassent près de 1,7 million de personnes. Derrière cette crise humanitaire, un mécanisme implacable se révèle : la famine devient un instrument politique dans un conflit qui ne dit plus son nom, sinon celui d’une tutelle forcée.

Le constat des agences onusiennes est sans appel : la détresse à Gaza n'est pas une simple tragédie collatérale, mais le résultat d'un contrôle délibéré. En régissant strictement l'entrée de toute marchandise, y compris les bâches, les tentes et les matériaux de construction, l'État israélien ne se contente pas de mener une guerre. Il confisque la souveraineté économique et physique des individus. Les personnes déplacées à Gaza ont actuellement du mal à trouver un abri sûr selon l’agence des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens en raison des intempéries hivernales. Les pluies abondantes ont détruit leurs campements.  

1,7 million de Gazaouis sans abri pour l’hiver

Après deux ans de guerre, des milliers de Gazaouis ont dû quitter leurs maisons. Ils ont créé des abris de fortune selon l’UNRWA (Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient). Au total, 1,7 million d’individus vivent dans des zones de déplacement.

L’UNRWA ciblée par des frappes israéliennes: Gaza au bord de la famine
Dans le camp de réfugiés de Jabaliya, une frappe israélienne a détruit un centre de distribution de l’Office de secours

Les premières pluies d'hiver ont exposé au grand jour l'échec total des abris de fortune. Avec 80 % de la population déplacée, l'UNRWA et l'OCHA décrivent un désastre : des campements noyés, de la boue épaisse, et des familles luttant contre le froid.

Les équipes humanitaires ont déjà essayé d’anticiper le problème depuis le 10 octobre, date à laquelle le cessez-le-feu entre Israël et Hamas est entré en vigueur. Ils ont distribué des tentes, des couvertures et des bâches à 1.386 ménages à Khan Younis, dans le sud de la bande de Gaza et à Deir al-Balah, dans le centre, avant l’hiver. Mais, leurs efforts sont loin d’être suffisants. De nombreuses familles « réutilisent des sacs de farine et de nourriture vides pour contenir les inondations dans les sites de déplacement ».

Ce n'est pas un manque de générosité mondiale qui est en cause, mais le verrouillage des frontières par Israël.

L’aide humanitaire filtrée, l’économie asphyxiée : la stratégie de la dépendance

Malgré la trêve du 10 octobre, la réalité est implacable : les humanitaires n’arrivent pas à répondre à l’ampleur des destructions. L’ONU estime que 92 % des bâtiments résidentiels ont été touchés depuis 2023.

Les chiffres sont vertigineux : 110 000 palettes d’aide ont été déchargées, mais plus de 1 800 ont été interceptées. Les trois points d’entrée restants, Kerem Shalom, Zikim et Kissufim , ne permettent pas un approvisionnement à l’échelle d’une population totalement dépendante de l’extérieur.

Donald Trump sera-t-il appelé à la barre pour témoigner sur le génocide de Gaza?
Parmi les propos étonnants de Donald Trump durant les deux points presse en compagnie de Benjamin Netanyahou à la Maison

En pratique, Israël exerce un contrôle économique total. La population, privée de reconstruction, ne peut que survivre… jamais se relever. Cette logique de dépendance structurelle s’apparente moins à un encerclement militaire qu’à une confiscation de souveraineté.

Dans les hôpitaux saturés, les évacuations médicales constituent désormais le dernier filet de survie. Depuis 2023, 10 600 patients ont pu quitter Gaza, mais 16 500 autres attendent toujours, parfois pour des traitements vitaux.

L’OMS dénonce des délais interminables aux points de passage, où des patients fragiles restent bloqués pendant des heures. Même les évacuations vers la Jordanie ou d’autres pays sont ralenties par des procédures opaques. Tedros Ghebreyesus appelle à l’ouverture de toutes les voies, y compris via la Cisjordanie, mais la réalité administrative prime sur la détresse humaine.

Le drame de Gaza dépasse le cadre d'un conflit. Il est une démonstration terrifiante de la manière dont un État peut utiliser le contrôle total des ressources – abris, soins, nourriture – pour anéantir la souveraineté d'une population. En faisant de la pénurie organisée une stratégie, le pouvoir en place ne cherche pas seulement à vaincre un ennemi militaire ; il s'attaque aux fondements mêmes de l'autonomie et de la dignité humaines.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Pourquoi le lingot d'or à 150.000€ n'est plus un mirage, par Vincent Clairmont

Pourquoi le lingot d'or à 150.000€ n'est plus un mirage, par Vincent Clairmont

L'or vient de nous offrir une leçon d'humilité magistrale : une hausse annuelle de près de 70 % en 2025, pulvérisant tous les records depuis 1979. Mais est-ce fini ? Nous voici donc perchés sur la ligne de crête des 4 440 - 4 500 dollars l'once. La question qui brûle les lèvres de tous mes clients institutionnels, de Londres à Singapour, est invariablement la même : « Vincent, est-ce la fin de la fête ou le début d'une nouvelle ère? Est-ce que ça va encore monter? » Gold 2026 Outlook: Can the


Rédaction

Rédaction

Stratégie Barbell : la résistance par les chiffres face au grand désordre mondial ambiant

Stratégie Barbell : la résistance par les chiffres face au grand désordre mondial ambiant

La Barbell Strategy que nous avons lancée début novembre, vous vous souvenez ? Pendant que les thuriféraires de la « croissance verte » et les bureaucrates de Bruxelles s’auto-congratulent sur des statistiques truquées, le réel, lui, ne ment pas. Depuis le début du mois de novembre 2025, notre stratégie Barbell — ce rempart d’antifragilité que nous prônons pour échapper au broyage programmé de l'épargne moyenne — livre son verdict mensuel. Et il est sans appel : dans un monde qui vacille, la


FLORENT MACHABERT

FLORENT MACHABERT

Émigrer à Londres ? la fin d'une ère, par Vincent Clairmont

Émigrer à Londres ? la fin d'une ère, par Vincent Clairmont

Longtemps, émigrer à Londres fut le réflexe des entrepreneurs désireux d'échapper à la spoliation fiscale imposée en France par une masse de salariés, de fonctionnaires, de retraités, bien décidés à "redistribuer les richesses", c'est-à-dire à ponctionner l'argent des autres à leur profit. Mais Londres est-elle encore une destination rentable ? Depuis des décennies, Londres exerce une force d'attraction magnétique sur les entrepreneurs, les financiers et les grandes fortunes françaises. Cette a


Rédaction

Rédaction

Comment Jacques Baud expérimente la mort sociale injectée par l'UE, par Thibault de Varenne

Comment Jacques Baud expérimente la mort sociale injectée par l'UE, par Thibault de Varenne

Le conseil européen a imposé une lourde sanction à l'ancien patron des services secrets suisses. Sous l'accusation de porter des "théories du complot" jugées favorables à la Russie, Baud est désormais condamné à une mort sociale. Pour tous ceux qui souhaitent comprendre dans le détail comment l'UE impose sa vérité avec violence au mépris des libertés, je dissèque aujourd'hui ce dossier sous tous ses aspects. L'adoption, le 15 décembre 2025, d'un nouveau train de mesures restrictives par le Cons


Rédaction

Rédaction