Face à la crise interne du gouvernement profond américain

Face à la crise interne du gouvernement profond américain


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Jean Goychman nous livre une remarquable tribune sur l’histoire du gouvernement profond américain, et sur son besoin structurel de conflit. Cette synthèse historique éclaire de façon saisissante l’émergence et le durcissement des conflits internes à ce gouvernement profond, entre « faucons » et « colombes ».

La caste qui exerce la réalité du pouvoir aux États-Unis, qui a toujours recherché la protection de l’ombre et du silence médiatique pour imposer ses décisions sans avoir à les justifier auprès de l’opinion, est contrainte par les événements qu’elle a elle-même provoqués à s’exposer aux projecteurs de l’actualité.

Un pouvoir séculaire

A l’origine de ce « pouvoir de l’ombre », se trouve la « finance internationale » qui désigne un groupe de banques d’origine anglo-saxonne qui a colonisé la City dès le 17ème siècle. Le premier acte de contrôle de la finance américaine est antérieur à la guerre d ‘indépendance et date de 1764.

Depuis, toute l’histoire des Etats-Unis s’est écrite autour du contrôle du dollar.

Autour d’eux se sont développées, au fil du temps, d’autres composantes comme le CFR (Council on Foreign Relations), think tank inspirateur de la politique étrangère américaine, puis le complexe militaro-industriel, dénoncé par Eisenhower en 1961.

Le CFR, directement inspiré du concept de « Chatham House » est, comme cette dernière, d’inspiration mondialiste et a pour objectif l’établissement d’un gouvernement mondial.

C’est dans cet esprit que le CFR a été le promoteur de la Société des Nations créée en 1921, puis de l’ONU à la fin de la seconde guerre mondiale. Toutes les institutions mondialistes sont issues des réunions du CFR. Ce dernier a patiemment colonisé l’administration américaine en faisant en sorte de mettre en place un nombre grandissant de personnalités issues de ses rangs. Parmi les membres du CFR, on trouve également en grand nombre des représentants des médias, possédés directement ou non par le cartel bancaire.

Au cœur du projet mondialiste

Que le lecteur veuille bien me pardonner cette longue digression qui a pour unique objectif de faciliter la compréhension de la suite. Le projet mondialiste a toujours été présent dans l’esprit de l’élite qui n’a eu de cesse de repousser les frontières. Néanmoins, il ne pouvait pas être mis en exécution tant que la technologie ne le permettait pas. Après la tentative infructueuse des Anglais à la fin du XIXème siècle qui se heurtèrent sans succès à la Chine, la fin de la guerre consacra la super-puissance économique, financière et militaire américaine  qui avait rompu avec l’isolationnisme hérité de la doctrine de Monroe.

Besoin d’un ennemi à combattre

La caste dirigeante américaine allait pouvoir faire entrer dans la phase active son projet de gouverner le monde. Le choix du dollar comme monnaie de réserve internationale aurait pu suffire pour atteindre l’objectif, mais il ne faisait pas l’affaire du complexe militaro-industriel qui avait réalisé de substantiels bénéfices et qui ne comptait pas s’arrêter en si bon chemin. Pour entrer en conflit, il fallait un ennemi, mais personne ne pouvait défier les États-Unis, du moins jusqu’en août 1949, date à laquelle l’URSS se dota de l’arme nucléaire.

L’ennemi était tout trouvé, ce serait le Communisme. D’autant plus que la révolution chinoise avait commencé. Cependant, un affrontement direct avec l’URSS étant exclu, on inventa le concept de « guerre froide » qui, finalement satisfaisait l’Etat profond. Cela permit de créer l’OTAN, au prétexte de défendre l’Europe occidentale, tout en justifiant d’énormes budgets militaires pour satisfaire le lobby militaro-industriel. Cependant, ce dernier aurait bien aimé une vraie guerre, afin d’écouler les stocks d’armes conventionnelles. D’autant plus que l’affaire des fusées de Cuba et du désarmement nucléaire négocié avec Kroutchev commençait à l’inquiéter sérieusement.

Premières tensions internes à la caste

On vit apparaître alors le clivage dans l’administration américaine entre les « Faucons » et les « Colombes ». Les premiers étant partisans de la guerre et les seconds de la paix.

Kennedy faisait partie des seconds, et sa disparition autorisa l’entrée dans la guerre du Viet-Nam dès 1965 et elle se poursuivit jusqu’en 1973, date à laquelle Nixon y mit un terme.

En 1979, la situation s’est tendue en Afghanistan et l’Etat profond a vu le bénéfice qu’il pouvait tirer d’une entrée en guerre de l’URSS. Il y a, du reste, un parallèle intéressant à faire avec l’actuelle guerre en Ukraine.

En 1989, l’Armée Rouge quittait l’Afghanistan et participait ainsi à l’écroulement du système soviétique. Le Deep state avait gagné sur toute la ligne, mais n’avait plus d’ennemi crédible.

Qu’à cela ne tienne, il suffisait d’en inventer. Après l’Irak en 1991, il fallut cependant attendre le retour du fils de Georges Bush à la Maison Blanche pour que les faucons du Deep State donnent toute leur mesure.

Le tournant du 11 septembre

Hasard ou plan concerté, les attentats du 11 septembre 2001 ont précipité les choses. C’est probablement de là que sont nées les vraies divergences au sein de l’Etat profond. Surreprésenté au niveau des « Faucons » notamment par le vice-président Dick Cheney et le secrétaire à la Défense Donald Runsfeld, Il est allé trop loin en profitant de l’effet de sidération pour diminuer le pouvoir législatif du Capitole au profit de l’éxécutif.

Ce malaise interne s’est encore accentué avec l’épisode de l’Assemblée Générale de l’ONU dans lequel Colin Powell, probablement contraint et forcé, agitait une petite fiole censée contenir une poudre de destruction massive. Ce n’est cependant qu’en 2006 que ces désaccords au niveau le plus haut seront révélés publiquement.

Un coup de semonce

La présidence Trump, analysée comme un retour à l’isolationnisme américain, menaçait le projet mondialiste, et le Président en fonction ne cachait pas ses intentions de le faire capoter. Il fallait à tout prix empêcher sa réélection et l’Etat profond s’y employa dès son investiture le 20 janvier 2017.

La pandémie du COVID arriva début 2020, au moment où les États-Unis entraient en campagne pour les élections présidentielles. La paralysie économique mondiale qui s’en suivit mit en lumière certains côtés passés sous silence de la mondialisation, et notamment la grande dépendance des pays post-industriels en regard de certains pays, comme la Russie ou la Chine. La première avec son pétrole qu’elle pouvait vendre à un prix extrèmement bas en raison de la faiblesse du rouble et la seconde qui fabriquait à peu près tout, ou presque. Donald Trump, en réindustrialisant les Etats-Unis, avait agi avec une sorte de pré-science incontestable qui, accessoirement, avait réduit le chômage à un taux historiquement bas. De plus, il avait été « pacifiste » et avait entamé un dialogue constructif avec la Russie et la Chine. C’en était trop pour les faucons du deep state qui retournaient à leurs vieux démons.

Klaus Schwab enfonce le clou

Le livre de Klaus Schwab « COVID 19 : la grande réinitialisation » pose le véritable problème qui angoisse les mondialistes, à savoir l’échec du modèle unipolaire dominé par les Etats-Unis, au profit d’un monde « régionalisé » (Pages 122 et 123). Ils ne peuvent s’opposer à ce courant de fond qu’en affaiblissant, voire détruisant, ceux qui menacent leur leadership.

D’où des tensions croissantes entre les Etats-Unis et la Russie, mais également entre eux et la Chine.

L’arme absolue de l’Etat profond est encore le dollar, mais pour combien de temps encore ? De même leur supériorité militaire est incontestée, mais à la condition de n’avoir face à eux qu’un seul adversaire : la Russie ou la Chine, mais pas les deux à la fois.

L’avertissement de Davos

Face à tous ces dilemmes, un fort courant pacifique est en train de naître à l’intérieur même de l’Etat profond américain. La manifestation la plus évidente est l’intervention au forum de Davos du mois dernier faite par Henri Kissinger, emblématique doyen de cet Etat profond, qui répondait ainsi au discours prononcé par Joe Biden au Japon, deux jours plus tôt, dans lequel il menaçait la Chine d’une riposte militaire au cas où celle-ci envahirait Taïwan :

‘Les États-Unis’, dit-il, ‘doivent se rendre compte que la compétence stratégique et technique de la Chine a évolué. Les négociations diplomatiques doivent être sensibles, éclairées et viser unilatéralement la paix’. ‘Nous sommes confrontés à la réalité que les technologies modernes placent les pays dans des situations dans lesquelles ils ne se sont jamais trouvés auparavant’, a déclaré Kissinger. Les puissances nucléaires et les nouvelles technologies militaires, sans critères de limitation établis, pourraient être catastrophiques. pour l’humanité.

Quelles seront les conséquences de cette division interne à cette caste qui se veut encore dominante ? Il est probable que les futures élections américaines du « Midterm » auront un poids déterminant. Si les Républicains derrière Trump reprennent la majorité au Sénat et à la Chambre des Reprèsentants, le coup ainsi porté à l’Etat profond  pourrait lui être fatal.

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