Le silence médiatique qui entoure certaines grandes manœuvres européennes est souvent le signe que l'histoire, la vraie, est en train de s'écrire loin des passions éphémères des réseaux sociaux. Aujourd'hui, ce ne sont pas les frontières qui tremblent, mais l'idée même de nation qui s'efface. En observant les orientations nées de réflexions comme celles du séminaire d'Alden-Biesen, on ne peut qu'être saisi d'une mélancolie profonde : celle de voir la France, cette construction millénaire, se dissoudre doucement dans le grand bain du fédéralisme intégral.


Le séminaire d'Alden-Biesen : l'acte de décès de l'unanimité
Le constat posé lors de ces rencontres de haut niveau est sans appel pour tous ceux qui sont attachés à la France comme Etat-nation dans l'histoire : l'Union européenne à 27, et bientôt davantage, est jugée ingouvernable dans sa forme actuelle. La solution préconisée ? L'abandon définitif du droit de veto et du principe d'unanimité.
Pour la France, cela signifie que les domaines régaliens — défense, diplomatie, fiscalité — ne seront plus le fruit d'une volonté nationale, mais d'un arbitrage collectif où sa voix pourra être mise en minorité. C’est le passage d’une Europe de la coopération à une Europe de l’intégration forcée, où l’État-nation n’est plus qu’une direction régionale d’un ensemble plus vaste.
La préfiguration du fédéralisme : le projet "E6"
Au cœur de cette transformation émerge la proposition du E6 (les six pays fondateurs : France, Allemagne, Italie, Benelux). Ce noyau dur est présenté comme le moteur d'une Europe à plusieurs vitesses, mais il est en réalité la préfiguration du fédéralisme européen.
- Une souveraineté déléguée : ce groupe restreint aurait pour vocation de fusionner ses capacités stratégiques.
- L'effacement des symboles : en devenant une composante d'un bloc fédéral, la France perd sa capacité d'initiative propre sur la scène internationale.
- La fin de l'exception française : qu'il s'agisse de son modèle social ou de sa spécificité juridique, tout doit être harmonisé pour ne pas entraver la marche du "super-État".
"La nation n'est plus le cadre de l'avenir, mais un souvenir que l'on range au musée des nostalgies inutiles."
Une disparition programmée
Ce n'est pas une invasion qui fait disparaître la France, c'est une signature. En acceptant de se fondre dans ce projet fédéraliste, l'État français abdique sa mission première : être le garant de l'indépendance d'un peuple.
La France ne sera plus qu'une entité administrative, soumise définitivement aux directives d'une Commission et d'un Parlement européen dont la légitimité reste, pour beaucoup, une abstraction technocratique. Nous contemplons, avec une tristesse lucide, la fin d'un monde où "être Français" signifiait appartenir à une nation souveraine, maîtresse de son destin et de ses lois.


