Alors que les frappes sur les installations pétro-gazières s'intensifient de part et d'autre du Golfe Persique, l'onde de choc ne se limite plus aux chancelleries. Elle percute de plein fouet nos terroirs. Si le détroit d'Ormuz est aujourd'hui un goulet d'étranglement pour 20 % du gaz et du pétrole mondial, il est devenu, pour le paysan du Sud de la Loire, le nœud coulant d'une crise de rentabilité sans précédent.

Le GNR : le prix du sang pour la terre
Dans nos campagnes, la mécanique est simple et brutale. Un tracteur n'est pas une citadine ; il engloutit entre 25 et 40 litres à l'heure. Depuis le début de l'intervention en Iran, le prix de détail des carburants a bondi de 25 %, portant le Gazole Non Routier (GNR) à des sommets historiques, dépassant parfois les 1,80 € TTC le litre. Pour un céréalier moyen consommant 18 000 litres par an, c'est un surcoût immédiat de près de 10 000 € qui s'ajoute à une ardoise déjà lourde. L'État a beau geler la hausse de l'accise à 3,86 €/hl, il ne peut rien contre la flambée du baril de Brent qui flirte désormais avec les 100 dollars.

L'azote, ce dérivé du gaz qui étrangle les rendements
L'autre front, plus silencieux mais tout aussi dévastateur, est celui des intrants. La synthèse des engrais azotés dépend à 80 % du prix du gaz naturel. Or, le gaz européen a grimpé de 40 % dès les premiers jours du conflit iranien. L'unité d'azote, qui coûtait 0,66 € en 2020, est projetée à 1,70 € pour cette campagne. Pour compenser un tel surcoût en blé tendre (environ 178 €/ha), un exploitant doit soit augmenter son rendement de 11 quintaux — une prouesse agronomique improbable — soit espérer un prix de vente minimal de 198 €/t alors que les marchés restent d'une volatilité extrême.
