Alors que George Clooney vient d'obtenir la nationalité française en un temps record fin 2025, Fousseynou Cissé, héros du 18e arrondissement, attend toujours. Entre privilège de la caste et lenteur bureaucratique, la République démontre que sa gratitude est à géométrie variable.

Le 4 juillet 2025, un incendie s’est déclaré dans un appartement situé sur le boulevard de la Chapelle, dans le 18e arrondissement de Paris. Ce jour-là, un Sénégalais de 39 ans titulaire d’un simple titre de séjour, Fousseynou Cissé, n’a pas hésité à risquer sa vie pour aider une famille de 6 personnes. Suite à son acte héroïque, la maire Anne Hidalgo a promis de « procéder à sa titularisation dans les prochains jours ». Mais M. Cissé attend toujours d’être naturalisé 6 mois après l’incident.
Une attente de longue durée
Le 4 juillet 2025, un appartement dans le 18e arrondissement de Paris était en feu. Les flammes se sont propagées dans d’autres logements. Des dizaines de sapeurs-pompiers étaient présents sur les lieux pour stopper l’incendie et sauver les résidents de l’immeuble. Une famille de 6 personnes, incluant des enfants en bas âge, faisait partie des sinistrés. Alors qu’ils étaient piégés par le feu, Fousseynou Cissé, un Sénégalais de 39 ans qui habitait l’immeuble voisin, n’a pas hésité à risquer sa vie pour les sauver. En effet, l’homme s’est avancé sur la corniche en zinc de l’immeuble et a extirpé les deux garçons et leur mère de l’appartement.

Les autorités ont salué son courage, l’homme qui ne disposait que d’un titre de séjour, a reçu la médaille Grand Vermeil. C’est la plus grande récompense de la Ville de Paris et ce fut la maire Anne Hidalgo, elle-même, qui l’a remis à M. Cissé, tout en s’engageant à « procéder à sa titularisation dans les prochains jours ». Le héros a été également décoré de la médaille de l’acte du courage et du dévouement par Laurent Nunez. Selon le préfet de la Police de Paris, il a fait preuve d’un « incroyable sang-froid ».
Mais six mois plus tard, la reconnaissance s’arrête aux symboles. La naturalisation, elle, se fait attendre. L’homme est actuellement au Sénégal pour passer les fêtes avec sa famille et il attend toujours avec patience et espoir d’être naturalisé. Notons qu’à l’époque, M. Cissé a déclaré qu’il travaillait comme agent d’accueil dans les collèges. Sa naturalisation lui permettrait d’être embauché par la Ville et de devenir fonctionnaire.
Le star-system ou la monarchie républicaine des privilèges
Dans le même temps, la naturalisation des Clooney, bien que parfaitement légale, interroge sur les véritables priorités de l'État.
Que la valeur d'un individu pour la République se mesure à sa notoriété et à son réseau, plutôt qu'à ses actes concrets au service de la communauté ? Ce "passe-droit" perçu, même réglementaire, institutionnalise un système à deux vitesses : un circuit d'exception pour les puissants et les célèbres.

Interrogé par France Info, Fousseynou Cissé a résumé parfaitement la situation, avec une lucidité désarmante :
« Ça dépend de l’administration, c’est eux qui décident. »
Tout est dit. Dans un système hypercentralisé, la citoyenneté n’est pas un droit fondé sur des critères transparents, mais une faveur accordée selon des critères opaques.
Le problème n’est pas que George Clooney soit devenu français. Le problème est que Fousseynou Cissé ne le soit toujours pas. Entre célébrité internationale et citoyen ordinaire, la République applique manifestement deux rythmes, deux attentions.

Dans un État qui prétend incarner l’égalité, la citoyenneté reste administrée comme un privilège. Et tant que la naturalisation dépendra plus du prestige que du mérite, la promesse républicaine restera une promesse non tenue.



