À peine élu le 29 mars 2026, Christophe Barthès, nouveau maire Rassemblement national de Carcassonne, a signé un arrêté interdisant la mendicité dans certains périmètres du centre-ville. Mesure de « bon sens » pour rétablir l’ordre public, selon l’édile, mais « stigmatisation des plus précaires » selon la gauche. Dans un pays qui dépense des milliards en aides sociales, certains ont fait de la mendicité un métier rentable. Carcassonne vient de dire stop.

Stylo en main, visage déterminé, le nouveau maire RN de Carcassonne valide dans la foulée de son élection un arrêté visant à interdire la mendicité dans certains périmètres du centre-ville. L’acte, rapporté par La Dépêche du Midi, est immédiatement présenté comme une réponse à une demande de “tranquillité”. La gauche parle d' une démonstration d’autorité, pour capter le récit médiatique au sortir d’un scrutin.
Une mesure d’ordre public sous tension
Dès son installation, Christophe Barthès interdit la mendicité dans plusieurs zones du centre-ville, invoquant des “troubles à l’ordre public” et le respect de ses engagements de campagne. Juridiquement, ce type d’arrêté repose sur les pouvoirs de police du maire, encadrés par le Code général des collectivités territoriales. Mais la jurisprudence administrative est constante : toute restriction doit être proportionnée, limitée dans le temps et précisément motivée.

Dans le cas contraire, le texte pourrait être suspendu en référé puis annulé. Plusieurs précédents, notamment dans des villes touristiques, ont déjà rappelé que l’interdiction générale et absolue de la mendicité constitue une atteinte disproportionnée aux libertés publiques.
Clivage politique et bataille narrative
Sans surprise, les réactions sont immédiates. La majorité municipale défend une mesure de “bon sens”, destinée à sécuriser les flux touristiques et commerciaux d’une ville où le secteur représente une part significative de l’activité économique. À l’inverse, la gauche dénonce une “stigmatisation des plus précaires” et une politique d’affichage.

Associations et Ligue des droits de l’Homme dénoncent une mesure qui « invisibilise la misère sans la résoudre ». Formule commode qui évite soigneusement de poser la question centrale : pourquoi, dans un pays qui finance des services sociaux parmi les plus généreux d’Europe, la mendicité organisée persiste-t-elle dans les centres-villes ?
Les services sociaux français mobilisent déjà plusieurs milliards d’euros par an (RSA, hébergement d’urgence, aides locales), censés couvrir les situations de détresse. Dans ce contexte, certains élus pointent l’existence de réseaux organisés de mendicité, parfois assimilés à des formes de racket urbain.Reste à distinguer égalementle vrai miséreux du marginal qui a fait de la rue un choix, allergique au travail.
Mais une question de fond demeure: une ville se gouverne-t-elle en traitant les symptômes ou en affrontant les causes ? À vouloir faire disparaître la pauvreté du paysage, le risque est de déplacer le problème sans jamais le résoudre.



