À Ille-sur-Têt, dix-neuf jardins familiaux cultivés depuis plusieurs générations sont menacés de disparition au lendemain de l’incendie de Trévillach. La municipalité invoque la création d’une « ceinture de protection » contre les feux. Une décision notifiée par simple courrier, sans concertation ni recours amiable, qui frappe en priorité des familles modestes déjà éprouvées par le feu de Trévillach du 4 juillet 2026.
À Ille-sur-Têt, dans les Pyrénées-Orientales, la mairie dirigée par Alain Fabresse a décidé de raser purement et simplement les jardins familiaux situés en contrebas de la ville, près de la RD 66. Ces parcelles, mises à disposition des familles modestes depuis 1949, ont été en partie ravagées par le feu de Trévillach qui, le 5 juillet 2026, a parcouru 4 900 hectares. Le 3 août, près de 80 personnes se sont rassemblées devant l’hôtel de ville pour protester. Une pétition circule et un recours administratif a été déposé.
Un incendie, puis une décision radicale
Le 4 juillet 2026, un incendie parti de Trévillach s’est propagé vers Ille-sur-Têt et plusieurs communes voisines. Le bilan est considérable : près de 4 900 hectares parcourus avant que le sinistre soit déclaré fixé le 11 juillet. À son paroxysme, plus de 800 pompiers étaient mobilisés. Ille-sur-Têt figurait parmi les secteurs prioritaires de défense.

Dans ce contexte de traumatisme collectif, la municipalité a décidé de supprimer dix-neuf jardins familiaux afin de constituer une zone destinée à limiter le risque incendie. Le problème est précisément là : une mesure de sécurité peut-elle, au nom de l’urgence, faire disparaître un usage populaire installé depuis 1949 ? Pour les habitants concernés, la réponse est non. Une pétition circule et un recours administratif a été engagé.
Le 3 août, environ 80 personnes se sont rassemblées devant la mairie pour contester le projet. Derrière les parcelles concernées, il y a une réalité sociale très concrète : des habitants qui cultivent leur potager, transmettent des pratiques et disposent d’un accès à la terre que leur revenu ne leur permettrait pas forcément d’acquérir.
Quand la sécurité publique devient une décision sans contre-pouvoir
L’enjeu dépasse largement quelques mètres carrés de terrain. Il concerne le rapport entre la puissance municipale et une forme de propriété d’usage extrêmement modeste. La commune peut invoquer un impératif de prévention des incendies, mais cette justification ne dispense pas d’établir publiquement la nécessité, la proportionnalité et les alternatives de la mesure. Pourquoi ces dix-neuf jardins précisément ? Quelles études techniques ont déterminé leur suppression ? Quelles solutions moins destructrices ont été examinées ? C’est sur ces points que le recours administratif devra notamment faire la lumière.

Par ailleurs, la décision a été unilatérale et précipitée. Les usagers ont été informés par simple courrier ou visite d’un représentant municipal, sans lettre recommandée ni véritable préavis. Ils ne disposent que de quelques semaines pour récupérer leurs affaires avant la « remise en état du site ». Certains jardins n’ont pourtant pas brûlé et restent fertiles. Les jardiniers se disent prêts à reconstruire à leurs frais.
Certes, l’incendie de Trévillach justifiait des mesures de protection : l’État lui-même avait mobilisé des moyens considérables et plusieurs communes avaient été évacuées. Mais protéger les habitants ne signifie pas nécessairement raser ce qui appartient à leur quotidien. À Ille-sur-Têt, la sécurité doit-elle protéger les citoyens, ou peut-elle aussi servir à décider à leur place de ce qu’ils ont encore le droit de conserver ?


