Au Canada, le 2 septembre 2025, Alain Dupuis sort d’une séance d’inhalothérapie à l’Hôpital de Saint-Georges, en Beauce ( Québec). Deux agents de sécurité le retiennent, menacent d’appeler la police et lui font toucher son nez devant des passants. Il faudra un an, deux recours et un juge pour obtenir 1 000 $ canadiens sur les 5 000 réclamés. Et surtout pour faire reconnaître une atteinte à sa dignité, ce patient aura dû affronter l’institution censée le soigner.
L’affaire révèle les rapports de force qui peuvent s’installer entre un usager et un établissement public lorsque des agents outrepassent leurs prérogatives présumées, puis que la hiérarchie tarde à reconnaître les faits.
Un contrôle improvisé dans un couloir d’hôpital
Le 2 septembre 2025, Alain Dupuis sort d’un rendez-vous d’inhalothérapie à l’hôpital de Saint-Georges, en Beauce. Consommateur de cannabis à des fins médicales, il est intercepté après qu’une inhalothérapeute s’est plainte d’une odeur.
Deux agents de sécurité l’empêchent alors de partir et menacent d’appeler la police s’il quitte les lieux. Ils lui demandent ensuite de toucher son nez avec son doigt, un exercice de coordination effectué devant des passants. La scène s’apparente à un contrôle d’aptitude improvisé, sans que les agents disposent nécessairement des pouvoirs policiers correspondants.
Autre élément troublant : aucun rapport d’événement n’est rédigé le jour même. Le document ne sera établi que 21 jours plus tard. Ce délai soulève une question élémentaire de traçabilité : comment garantir un examen impartial des faits lorsque leur consignation n’est pas immédiate ? L’institution s’auto-blanchit.
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L’institution se dédouane, le juge tranche
«Humilié», le patient poursuit Santé Québec, le commissariat aux plaintes de l’établissement conclut d’abord que les allégations sont « non fondées ». Il faut attendre juin 2026 pour que le Protecteur du citoyen donne raison au patient et recommande de rappeler aux agents les limites de leurs pouvoirs.
Le 24 septembre 2026, la cour des petites créances lui accorde finalement 1 000 dollars canadiens, sur les 5 000 réclamés pour atteinte à sa liberté, à sa dignité et à sa vie privée. Cette indemnisation ne couvre qu’une partie de sa demande, mais la décision marque une reconnaissance judiciaire du préjudice invoqué.
Le coût de cette reconnaissance dépasse toutefois le montant obtenu : une année de démarches, plusieurs recours et la nécessité de solliciter une autorité extérieure pour faire examiner une plainte initialement rejetée par l’établissement lui-même.
Cette décision ne répare pas l’humiliation. Elle rappelle surtout que dans un hôpital public, le patient est présumé coupable par ceux qui le soignent. Quand le monopole de soins confond sécurité et discipline, la liberté ne se négocie plus dans le soin, mais devant un juge. Le Québec donne une leçon de droit ; la France, qui connaît les mêmes administrations sanitaires, ferait bien de regarder.