Sur TikTok, les fausses annonces, les faits divers inventés, les voix off et vidéos générées par IA (deepfakes) ... attirent des millions de vues. À la clé : un business très rentable et sans scrupules et surtout un chaos informationnel.

Créer plusieurs faux comptes, diffuser des fausses infos ou des faits divers bidons, c’est devenu une activité très en vogue sur TikTok et elle est très rémunératrice. Des millions de vues et plusieurs réactions signifient rémunération garantie. Selon des témoignages, ce business peut rapporter jusqu’à 4.500 euros de revenus par mois. Pourtant, la plateforme assure avoir mis en place un vrai contrôle pour lutter contre la désinformation.
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Fausses infos partagées via des faux comptes
Annonces d’augmentations fictives de salaires, taxes imaginaires sur les retraits d’espèces, rumeurs de couvre-feu ou d’amendes absurdes : ces contenus, souvent accompagnés d’images d’illustration et de voix générées par intelligence artificielle, sont conçus pour provoquer une réaction immédiate.
Gagner de l’argent facilement, c’est possible grâce à TikTok. La plateforme a en effet lancé un système de monétisation baptisée Creator Rewards Program – réservé aux comptes ayant plus de 10 000 abonnés et 100 000 vues sur 30 jours –ou Programme de Récompenses pour les Créateurs. Cette offre a donné naissance à un business « peu commode » à l’aspect « frauduleux ». Pourtant, il se développe à grande vitesse.

Le concept est de créer plusieurs faux comptes sur la plateforme et d’y publier des fausses infos du genre : « augmentation de 220 euros de la taxe sur les retraits d’espèces », des histoires insolites inventées de toute pièce comme celle des « fauves errants » ou encore des faits divers bidons.
Colère, peur ou enthousiasme se traduisent par des commentaires, des partages et des vues. Or, sur les réseaux sociaux, l’émotion est une monnaie. Plus l’engagement est fort, plus la rémunération suit.
Le business modèle de la désinformation
Sous couvert d’informer, ces comptes – parfois gérés par un même individu – misent sur l’émotion et le viral pour maximiser leurs revenus. Victor, 29 ans, basé près de Marseille, admet gagner entre 1 500 et 4 500 euros brut par mois en racontant des « histoires farfelues ». Il consacre six heures par jour à ses comptes, privilégiant les faits divers inventés et l’insolite, des sujets qui « parlent à tout le monde ».

Pour Océane Herrero, journaliste et autrice du Système TikTok, ces formats participent d’une « industrialisation des fausses infos », soigneusement calibrées pour susciter une réaction émotionnelle.
La monétisation offerte par TikTok incite à l’ingéniosité, y compris à la fraude. Certains créateurs basés dans des zones non éligibles, comme l’Afrique, utilisent des comptes situés en Europe pour percevoir des revenus.

Crise de confiance et solution technocratique
Ces faux comptes attirent un public jeune, parfois défiant vis-à-vis des médias traditionnels, accusés de conformisme ou de manipulation. Le paradoxe est saisissant : au nom de l’indépendance, certains internautes se tournent vers des sources encore moins fiables.
En réponse, TikTok finance des organisations de fact-checking, dont l’AFP. Une solution technocratique qui pose question : peut-on corriger un modèle économique défaillant par davantage de contrôle, sans s’attaquer aux incitations de départ ?
Cette confusion alimente un cercle vicieux : plus l’engagement est fort, plus les revenus augmentent, même au prix d’une désinformation massive.
Le business des faux comptes sur TikTok est la conséquence logique de la numérisation du monde : une démocratisation de la production de contenu où l'agilité l'emporte sur l'éthique.



