Soudan : quand la famine révèle la faillite de l'État

Soudan : quand la famine révèle la faillite de l'État


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Depuis avril 2023, une guerre impitoyable oppose l'armée régulière aux Forces de soutien rapide. Au-delà des 40 000 morts, un fléau plus silencieux et tout aussi meurtrier s'abat sur la population : la famine. Des rapports alarmants, comme celui de l'IPC du 3 novembre, confirment son existence à El Fasher et Kadugli, et préviennent son extension imminente à 20 autres localités. Ceci n'est pas une crise alimentaire ; c'est l'ultime symptôme d'un État défaillant.

Au Soudan, la situation est de plus en plus critique. Les affrontements entre les Forces de soutien rapide (FSR) et l’armée nationale s’intensifient. Mardi, la capitale du Darfour, El Fasher, est tombée entre les mains des paramilitaires après plus de 500 jours de siège. Environ 90.000 résidents ont pu fuir la ville. Mais d’autres dizaines de milliers d’individus y vivent encore et selon l’OIM, ils sont exposés à la famine et aux violences extrêmes.

 Une situation catastrophique à Darfour

Assiégée depuis plus de 500 jours, la capitale de Darfour, El Fasher, est finalement tombée entre les mains de la milice paramilitaire FSC mardi. Avant la prise de la ville, environ 90.000 résidents ont pris la fuite pour échapper aux bombardements et aux massacres. Mais des milliers de civils y vivent encore. Pourtant, les hôpitaux, les réseaux d’eau et les marchés ont été détruits par la guerre.

L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a indiqué que les résidents d’El Fasher sont exposés à une crise humanitaire aiguë. Selon la directrice générale de l’agence, Amy Pope:

« ils survivent dans des conditions proches de la famine ». Des familles sont privées de « nourriture, d’eau et de soins médicaux ».

Pourtant, l’arrivée de l’aide humanitaire est bloquée en raison de l’insécurité et des restrictions d’accès.

Dans les villes qui accueillent les déplacés comme Tawila, la situation est aussi critique. Les besoins sont immenses et les aides disponibles ne suffisent plus.

« Nos équipes interviennent, mais l’épuisement des stocks fait que nous ne pouvons venir en aide qu’à une fraction des personnes dans le besoin »

a alerté Amy Pope. Elle a ajouté que « sans accès sûr et sans financement urgent, les opérations humanitaires risquent de s’arrêter au moment même où les communautés ont le plus besoin d’aide ».  

L'effacement criminel de la communauté internationale


Les ONG et les systèmes d'alerte comme l'IPC ont dénoncé cette situation catastrophique sans relâche. Mais leurs appels se sont heurtés à un mur d'indifférence de la part de la "communauté internationale".

Cet échec à agir, alors que la situation était prévisible et évitable, constitue une faute politique et morale. Il révèle les limites des mécanismes de solidarité internationale face à des conflits complexes et éloignés des intérêts géostratégiques occidentaux.

La famine du Soudan démontre la faillite structurelle de l’humanitarisme centralisé. Ce ne sont pas les ONG locales ni les communautés autonomes qui manquent de volonté, c’est le système international qui les étouffe sous des conditions et des interdictions absurdes. Les camions d’aide sont bloqués, les financements détournés, les populations dépendantes d’un État incapable de garantir le minimum vital.

Les milices paramilitaires qui règnent en maîtres sur des territoires comme El Fasher ne sont que l'aboutissement logique d'un monopole de la violence que l'État central a laissé lui échapper.

La guerre n'est pas la cause de l'effondrement, elle en est la conséquence. Elle démantele les dernières structures qui tenaient encore le pays debout.


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Rédaction

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