Revirement de Xi Jinping:  Pékin marque son soutien aux géants de la tech chinoise

Revirement de Xi Jinping: Pékin marque son soutien aux géants de la tech chinoise


Partager cet article

Depuis 2020, le gouvernement chinois a intensifié sa surveillance des géants du numérique, limitant leur croissance et restreignant leur autonomie. Le gouvernement chinois avait imposé une série de restrictions au secteur privé, notamment aux géants de la technologie, sous prétexte de lutter contre des pratiques monopolistiques et de renforcer le contrôle de l’État sur l’économie. Conscient du rôle essentiel des entreprises privées, qui représentent 60 % du PIB et génèrent 80 % des emplois du pays, il a récemment tenu un symposium avec les dirigeants du secteur technologique. Plutôt qu’une libéralisation, Pékin vise avant tout à concilier croissance économique et contrôle politique.

Pendant cinq ans, le président chinois Xi Jinping a mené une campagne de répression contre les entreprises technologiques. Aucune entreprise privée, quelle que soit sa puissance, ne pouvait déroger à la ligne du Parti communiste chinois. Avec le retour de Donald Trump, qui a lancé son offensive économique avec la hausse des taxes douanières, Xi jinping compte sur le secteur privé, particulièrement le secteur de la tech, pour stimuler la croissance de la Chine.  A quoi est dû un tel revirement ?

Soutenir le secteur privé affaibli par les restrictions

Depuis 2020, les autorités chinoises ont appliqué des politiques agressives qui ont pénalisé le secteur privé en Chine. Les entreprises avaient du mal à accéder au crédit et obtenir les autorisations nécessaires pour opérer en toute liberté. Aujourd’hui encore, le secteur privé se trouve dans une situation délicate. Cette politique a provoqué une onde de choc : des entreprises comme Alibaba et Tencent ont vu leur valorisation chuter, et l’ensemble du secteur a subi une perte de confiance des investisseurs.

Les difficultés d’accès au crédit et les barrières administratives ont également pesé sur les entreprises privées, réduisant leur capacité à innover et à se développer. Quatre ans plus tard, malgré des déclarations encourageantes de Pékin, le secteur privé peine encore à retrouver son dynamisme. En 2024, sa part dans la capitalisation boursière des 100 premières entreprises chinoises est restée figée à 54 %, exactement comme en 2020, illustrant l’ampleur des dommages subis.

Désormais, Xi Jinping veut changer la donne. Soutenir le secteur privé est une priorité dans son agenda économique. Le président chinois a organisé un sommet réunissant des dirigeants du secteur.

Les « nouvelles forces productives et de qualité »

Face à ce constat, Xi Jinping mise désormais sur une transformation économique profonde. Son programme des « nouvelles forces productives et de qualité » vise à faire de l’innovation technologique le moteur de la croissance chinoise. Cette stratégie repose sur trois piliers :

  • L’auto-dépendance technologique : Pékin veut réduire sa dépendance aux technologies étrangères, notamment après les sanctions américaines sur les semi-conducteurs.
  • L’adaptation industrielle rapide : La Chine cherche à restructurer son économie autour des secteurs porteurs comme l’intelligence artificielle, les biotechnologies et les énergies renouvelables.
  • L’automatisation de la défense : L’innovation est aussi un enjeu stratégique pour le renforcement militaire du pays.

Dans ce contexte, le développement de l’intelligence artificielle prend une place centrale. Des projets comme DeepSeek, moteur de recherche chinois basé sur l’IA, illustrent la capacité du pays à avancer malgré les sanctions américaines. Plutôt que de relancer son économie par un plan de relance budgétaire, Xi Jinping préfère donc stimuler un secteur privé innovant, capable d’assurer un succès économique à long terme.

Apaisement avec les géants de la tech

Pendant plusieurs années, les autorités chinoises comptaient sur le secteur immobilier et l’investissement en infrastructures pour assurer la croissance de la Chine. Mais actuellement, le secteur privé représente 60% du PIB du pays. C’est aussi le secteur qui génère le plus d’emplois. Aux côtés du fondateur d’Alibaba, figuraient Ren Zhengfei (Huawei), Lei Jun (Xiaomi), Wang Chuanfu (BYD) et Liang Wenfeng (DeepSeek), des leaders symbolisant les ambitions chinoises en intelligence artificielle, électronique et véhicules électriques. Xi Jinping a tenu à les rassurer, affirmant que l’État soutiendrait l’innovation tout en allégeant certaines restrictions

Pour atteindre une croissance durable donc, les autorités chinoises ont décidé d’accorder un soutien solide et constant au secteur technologique. Les sanctions commerciales américaines ont aussi poussé le gouvernement chinois à prendre cette initiative.

Des mesures ciblées seront mises en place afin d’aider les entreprises à faire face aux problèmes qu’ils pourraient rencontrer. Le but est de leur procurer un environnement d’affaires favorable.

Toutefois, ces annonces suffiront-elles à restaurer la confiance des acteurs économiques ? .Les investisseurs internationaux réclament des actions concrètes pour juger de la pérennité de cette ouverture. Pékin est-il prêt à accorder une réelle autonomie au secteur privé, ou s’agit-il d’un soutien temporaire ?Le secteur privé reste méfiant, échaudé par des années de contrôle strict et d’incertitude réglementaire.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Pourquoi tant d'admirateurs de Poutine refusent-ils la moindre nuance ? par Elise Rochefort

Pourquoi tant d'admirateurs de Poutine refusent-ils la moindre nuance ? par Elise Rochefort

Par les nuances sourcées et objectives que Thibault de Varenne apporte à l'analyse du conflit ukrainien, certains lecteurs sont heurtés dans leur identité. C'est un fait : le phénomène Poutine repose d'abord sur le sentiment qu'une menace pèse sur notre identité collective dès que la figure du sauveur de l'Occident est étudiée objectivement. Elise Rochefort nous explique ce besoin de fermeture cognitive. Le Courrier entame ici un cycle d'analyse pour montrer quelles techniques d'ingénierie soci


Rédaction

Rédaction

Comment Macron fait surveiller le Net pour lutter contre les ingérences étrangères... par Elise Rochefort

Comment Macron fait surveiller le Net pour lutter contre les ingérences étrangères... par Elise Rochefort

Ce matin, Emmanuel Macron tient un conseil de défense, dont l'un des points à l'ordre du jour porte sur la "lutte contre les ingérences étrangères" à l'approche des élections municipales. Mais concrètement, comment s'organise cette surveillance du Net ? Le jour même où il annonçait l'introduction du passe sanitaire, le 13 juillet 2021, Emmanuel Macron signait le décret créant l'agence Viginum, chargée principalement de lutter contre les ingérences étrangères. Cette coïncidence peut évidemment ê


Rédaction

Rédaction

Pourquoi la Russie tarde-t-elle autant à gagner la guerre en Ukraine? par Thibault de Varenne

Pourquoi la Russie tarde-t-elle autant à gagner la guerre en Ukraine? par Thibault de Varenne

Depuis quatre ans, une certaine cohorte de « poutinolâtres », installée confortablement dans ses certitudes de salon franco-français, nous promet de façon ininterrompue une victoire russe imminente. À les écouter, l’armée ukrainienne ne serait qu’un château de cartes prêt à s’effondrer sous le souffle du « génie stratégique » du Kremlin. Pourtant, quatre ans plus tard, cette victoire se fait toujours attendre. Ce décalage abyssal entre le fantasme et le réel ne démontre pas seulement la minceur


Rédaction

Rédaction

Macron vient-il réellement de brader LMB Aerospace aux Américains ?

Macron vient-il réellement de brader LMB Aerospace aux Américains ?

C’est un refrain que la France entonne avec une régularité de métronome. Hier Alstom, Technip ou Photonis ; aujourd’hui LMB Aerospace. À chaque fois, la même sidération de façade, le même théâtre d’ombres parlementaire et, au final, la même signature au bas du contrat de cession. Alors que le dossier a été bouclé dans un silence de cathédrale en décembre 2025, la question revient, lancinante : la France de Macron vient-elle, une fois de plus, de brader sa souveraineté aux États-Unis ? Nous a


Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe