Par Élise Rochefort
Le 14 octobre 2026, le Bureau des statistiques du travail américain a publié l'indice des prix à la consommation de septembre. Sur douze mois, les prix ont augmenté de 3,7 %. Ils avaient augmenté de 3,4 % en août. Les économistes interrogés avant la publication attendaient 3,6 %. Le jour même, l'indice S&P 500 a perdu 1,11 % et le Nasdaq 1,88 %. Le lendemain matin, les Bourses d'Asie ont reculé bien davantage : l'indice coréen Kospi a perdu environ 8 % en séance, l'indice japonais Nikkei environ 5 %. Cette fiche explique pourquoi un écart d'un dixième de point fait bouger des marchés du monde entier.
Ce que dit le chiffre
L'indice mesure le prix d'un panier de dépenses courantes : loyers, nourriture, carburant, voitures, soins, services. En septembre, ce panier a coûté 0,6 % de plus qu'en août.
La hausse vient d'abord de l'essence. Son prix a augmenté de 9,1 % en un mois, ce qui représente plus de la moitié de la hausse totale. L'énergie dans son ensemble a augmenté de 5,2 %. Cette hausse suit la quasi-fermeture du détroit d'Ormuz, par où transitait avant la guerre environ un cinquième du pétrole mondial. Le baril de Brent cotait 106,58 dollars le 14 octobre au matin.
Les statisticiens calculent aussi une inflation dite « sous-jacente », qui exclut l'énergie et l'alimentation, parce que leurs prix varient fortement d'un mois à l'autre. Elle s'établit à 2,6 % sur un an. Elle était de 2,4 % en août. Le consensus attendait 2,5 %.
Pour un salarié américain, le résultat se lit sur la fiche de paie. Corrigé de la hausse des prix, le salaire horaire moyen a baissé de 0,7 % sur un an.


Ce que fait la banque centrale
La Réserve fédérale, la banque centrale des États-Unis, a pour mission de contenir la hausse des prix autour de 2 % par an. Son principal outil est son taux directeur : le taux auquel les banques se prêtent de l'argent au jour le jour. Quand il monte, tous les crédits deviennent plus chers, les ménages et les entreprises empruntent moins, achètent moins, et les prix ralentissent.
La Réserve fédérale a relevé ce taux d'un quart de point le 16 septembre. Il se situe entre 3,75 % et 4 %. Sa prochaine réunion a lieu les 27 et 28 octobre. Après la publication du 14 octobre, les investisseurs ont relevé la probabilité d'une nouvelle hausse à cette date. Les estimations varient selon les instruments de mesure : de 35 % à 50 % environ selon les sources citées par la presse financière.
Pourquoi les actions baissent quand les taux montent
Le taux de la banque centrale entraîne celui des emprunts de l'État américain. Le rendement du titre à dix ans est monté à 5,28 % le 14 octobre. Les investisseurs le considèrent comme le placement de référence le plus sûr.
Une action donne droit à une part des bénéfices futurs d'une entreprise. Ces bénéfices ne sont pas garantis. Soit une action qui coûte 100 dollars et dont l'entreprise verse 5 dollars de bénéfice par an : elle rapporte 5 %. Si l'État américain offre 5,28 % sans risque, un acheteur n'a plus de raison de payer 100 dollars pour un revenu incertain de 5 %. Il ne l'achète qu'à un prix plus bas. C'est ce recalcul qui fait baisser les cours.
Les entreprises dont les bénéfices sont attendus dans un avenir lointain, comme celles de la technologie, sont les plus touchées. C'est pourquoi le Nasdaq, qui les regroupe, a reculé davantage que les autres indices. L'or a lui aussi baissé, d'environ 2 % : il ne rapporte aucun intérêt, et son attrait diminue quand les placements sans risque rapportent davantage.
Ce matin en Asie
Le 15 octobre, à l'ouverture des marchés asiatiques, la baisse s'est amplifiée. Selon l'agence Associated Press, l'indice Kospi de Séoul a reculé de 8 % en séance, à 5 527 points. Il a perdu plus de 16 % en un mois, après avoir dépassé 9 000 points en juin. L'indice Nikkei de Tokyo a cédé 5 %, celui de Taïwan 3,4 %, Shanghai 2 % et Hong Kong 1,3 %. Ces chiffres sont des cours de séance et peuvent différer des cours de clôture.
Les plus fortes baisses touchent les fabricants de puces électroniques : SK Hynix recule de 11,1 %, Kioxia de 11,2 %, Samsung Electronics de 9,7 %, Tokyo Electron de 7,5 %. Le groupe d'investissement SoftBank perd 9,6 %. La Corée et le Japon sont les deux places où ces entreprises pèsent le plus. Leurs cours avaient fortement progressé cette année, portés par les commandes liées à l'intelligence artificielle. Leurs bénéfices sont attendus pour les années à venir : ce sont les plus sensibles à une hausse des taux.
Le même jour, le Fonds monétaire international a publié un rapport sur l'Asie. Il y écrit qu'une correction des investissements ou des valorisations liés à l'intelligence

