Pourquoi le "lacrymogène" Bally Bagayoko suscite-t-il tant de passions ? (Inventaire avant fermeture)

Pourquoi le "lacrymogène" Bally Bagayoko suscite-t-il tant de passions ? (Inventaire avant fermeture)


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Décidément, ce Bally Bagayoko suscite bien des passions, majoritairement hostiles. Disons même que son élection pique de nombreuses paires d'yeux. Le phénomène vaut d'être analysé à l'aune des changements sociologiques qu'il révèle... et qu'il annonce.

Je fais partie de ceux qui sont favorablement impressionnés par la prestance, le charisme, l'autorité de Bally Bagayoko. Je ne suis pas le seul, et l'on tient là, à mon avis, une partie essentielle de l'explication à cette Bagayokophobie qui s'est répandue comme une traînée de poudre.

Dans l'imaginaire collectif, un maire issu de l'immigration africaine ne peut pas avoir plus de dignité qu'un maire "identitaire". Et quand vous comparez Bagayoko à Ciotti, qui vient de gagner Nice, par exemple, vous vous dites rapidement qu'il n'y a pas photo en termes d'épaisseur entre les deux hommes. L'un en impose, l'autre soulève des interrogations sur son "ampleur".

Voilà, peut-être, la première préfiguration qui inquiète tant d'esprits chagrins : qu'un maire noir qui a grandi en banlieue parle avec aisance, avec hauteur d'esprit, sans accent, sans chercher ses mots, sans commettre de faute de grammaire, que ce maire noir soit le premier à remporter, sous l'étiquette LFI, une ville de plus de 100.000 habitants, qui plus est capitale de nos rois, voilà un symbole de Grand Remplacement qui en défrise plus d'un. Qu'il parle mieux, qu'il "passe mieux" qu'un maire imbu de la France toujours qu'il prétend défendre et incarner, c'est un problème.

Qui est Bally Bagayoko, candidat LFI élu au premier tour à Saint-Denis, par Elise Rochefort
Grâce à une intense campagne de dénigrement sur le mode de l’antisémitisme, LFI a réalisé une percée significative dans les villes de plus de 100.000 habitants. Bally Bagayoko, élu au premier tour dans la ville des rois, Saint-Denis, face au maire sortant, en est une figure emblématique. Bally Bagayoko

De mon point de vue, c'est un choc salutaire. Quand j'explique aux Français que je préfère recruter, dans mes entreprises, un Africain qui travaille plutôt qu'un Français de souche qui ne pense qu'à ses 35 heures et à ses congés, je m'entends généralement répondre : "C'est pour les payer moins... et puis ils sont moins compétents que les Français." D'ordinaire, je rétorque que c'est tout à fait faux : ils sont mieux formés, et payés à égalité. À ce moment-là, incrédules, les Français à qui je m'adresse affichent un sourire d'ironie.

Et soudain, ces Français-là comprennent que le stéréotype du Noir inférieur aux Français meurt de sa belle mort. Ils ne voulaient pas le croire. On leur a dit mille fois, mais ils sont restés sourds. Et soudain, ils ont une preuve flagrante de leur imbécillité.

Ça pique les yeux.

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Si je suis impressionné par le bonhomme Bagayoko, je ne prends pas beaucoup de risques en annonçant son échec politique, du moins s'il met réellement en oeuvre le programme inepte sur lequel il a été élu.

Entre l'encadrement strict des loyers au sein d'une ville qui sortait enfin de son image de ghetto pour pauvres, et la construction massive de logements sociaux, Bagayoko pratique une sorte de révisionnisme tout à fait toxique. Son prédécesseur avait mené une politique intelligente de développement économique pour enrichir la ville, Bagayoko annonce qu'il veut méticuleusement défaire cet effort salutaire et redevenir un centre de la misère complaisante.

Chacun connaît cette stratégie électoraliste, clientéliste, qui consiste à promettre aux électeurs des logements pas chers. Ce serait d'ailleurs une erreur de croire que seule la gauche, et spécialement la gauche de rupture, en est l'espace. En son temps, Jacques Chirac avait construit à Paris des HLM où il installait des militants. Bertrand Delanoë puis Anne Hidalgo ont industrialisé ce processus qui permet désormais à la gauche d'être gagnante à Paris.

Bagayoko ne fera pas mieux ou, selon le point de vue, fera aussi bien : il va loger ses partisans pour pas cher en utilisant l'argent des autres, et cette politique a démontré son efficacité en termes de blocage de la démocratie municipale.

Ajoutons que l'encadrement des loyers et l'abondance de mesures sociales, dont le désarmement de la police municipale, favoriseront la régression du niveau de vie moyen dans la ville, ainsi que la ségrégation raciale qui fait son malheur. Tant de familles parisiennes "de souche" qui vivent dans des appartements minuscules cherchent à "s'expatrier" dans la proche banlieue. La perspective d'une "reprolétarisation" de Saint-Denis, avec une police impuissante à chasser les points de deal à l'entrée des immeubles et un enkystement délibéré des écoles dans le communautarisme, devraient rapidement produire ses effets : Saint-Denis va perdre de son attractivité, pour le dire pudiquement.


Clientélisme triomphant, donc.

Mais un autre point retient l'attention : l'annonce sans fard d'un "spoil system" où le maire explique publiquement que, si les agents municipaux veulent rester, il va falloir qu'ils adhèrent au programme du nouvel élu.

Ces sorties tonitruantes devant les caméras ont provoqué de bien hypocrites cris d'orfraie de la part de ceux qui, par ailleurs, pratiquent exactement de la même façon dans leurs administrations respectives. Je me souviens, en 1992, d'avoir commencé ma vie professionnelle comme fonctionnaire de la ville de Paris, et il était évident pour tout le monde qu'une forme de spoil system existait. Il n'a certainement pas cessé par la suite (même s'il est passé de droite à gauche). Comme dans les administrations de l'Etat, d'ailleurs. Mais l'hypocrisie ambiante préfère cacher ces pratiques.

Bagayoko a un mérite : il annonce clairement la couleur, sans faire de jeu de mot graveleux. Et ce message-là doit être clair pour tout le monde :

1) LFI adore parler de service public, d'idéal collectif, bla bla, bla bla. En réalité, c'est une posture parfaitement hypocrite. LFI aime le service public quand les fonctionnaires appliquent le programme de LFI de façon partisane. Mais si les fonctionnaires souhaitent respecter l'indépendance du service public, sa neutralité politique, LFI tique et vocifère.

2) en cas de victoire large aux élections présidentielles et législatives, LFI n'hésitera pas à procéder à un "grand remplacement" des fonctionnaires pour favoriser son implantation durable dans le pays, à l'image des pratiques immobilières. On construit des HLM pour changer la base électorale et installer ses électeurs, qui deviennent autant d'obligés. On chasse ou on marginalise les fonctionnaires réticents pour transformer la machine administrative en arme de poing préparant la réélection.

L'effondrement social de Marseille n'a pas d'autres causes que celui-là : mélange des genres entre administration et élus, concentration de populations pauvres, arrangements à tous les étages. La méthode a fait ses preuves sur la Canebière, et LFI compte bien l'étendre au pays en cas de victoire.


Le libertarien que je suis entend ici parler de l'Etat, de ses bienfaits, de ses inconvénients et de ses risques s'il est abandonné à son mouvement d'expansion continue.

L'Etat, c'est bien quand c'est petit, efficace et honnête. Petit : diplomatie, armée, justice, police, fiscalité et "réseaux" (c'est-à-dire routes et énergie, rien de plus), avec le moins possible d'agents publics.

Lorsque l'Etat est politiquement neutre, il peut distribuer des bienfaits utiles : des routes bien entretenues, par exemple, ou des équipements qui servent au développement de tout le territoire. Du gaz pas cher pour se chauffer. Une armée qui assure la défense nationale. Une diplomatie qui nous fait rayonner.

Lorsque l'Etat dépasse ce périmètre, il se transforme en Nosferatu qui peut tout à fait devenir une arme par destination.

Par exemple, lorsqu'il se pique d'organiser un système scolaire, l'Etat crée automatiquement des privilèges (en France, les enseignants sont la seule catégorie socio-professionnelle qui peut encore bénéficier de la promotion sociale grâce à sa "connaissance du système", et les enseignants ont des syndicats qui font tout pour protéger cette rente), et des bannissements (on pense précisément aux enfants des "quartiers" pour qui la gratuité est une prison, ou une trappe à pauvreté, qui attire les enseignants les moins expérimentés et tue toute espérance de mixité sociale).

Lorsque, obèse, l'Etat tombe aux mains des "partisans", il devient dangereux, toxique, létal. Il permet de racketter les contribuables les plus occupés et les plus talentueux pour faire vivre une armée de ronds-de-cuir où l'on retrouve rapidement des "copains" incompétents, cupides, et nuisibles pour l'intérêt général. Je pense ici aux "petits chefs" qui utilisent les procédures pour régler leurs comptes au jour le jour ou pour se donner une importance grâce à leur pouvoir de dire "non".

Incontestablement, le système LFI porte en lui les germes inévitables de cette dérive bureaucratique, telle que la Révolution Russe de 1917 en a donné une démonstration magistrale qui a plongé la Russie dans plusieurs décennies d'étouffement.


J'ai évoqué, l'été dernier, les théories brillantes d'un Hollandais : Cas Mudde, qui a étudié les phénomènes populistes.

Pourquoi dit-on que “Bloquons tout” obéit à une “idéologie mince” ?
Le mouvement “Bloquons tout” exprime une colère légitime (et saine) contre un système à bout de souffle. Mais dire sa colère, est-ce agir politiquement ?

Selon lui, le "populisme" (l'idéalisation du petit peuple face aux élites) est une idéologie mince (insuffisante à expliquer tous les phénomènes socio-politiques) qui a besoin d'une idéologie épaisse pour s'hybrider et prospérer. De ce point de vue, le populisme du RN est une idéologie mince, qui tôt ou tard s'hybridera avec une idéologie épaisse, celle de LFI.

Saint-Denis en annonce la préfiguration. Et cette hybridation, si elle réussissait, annoncerait la fin de nos libertés et de notre prospérité.


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