Plus de dix jours après le limogeage du Premier ministre, Madagascar n’a toujours pas de gouvernement. Faute d’accord politique, l’exécutif mise sur une solution inédite : un passage obligatoire au "détecteur de mensonge" importé de Russie. Une première mondiale revendiquée, mais loin de faire consensus.

Selon TV5 monde, le 12 février dernier, lors d’une visite d’État à Moscou, le président malgache Mickaël Randrianirina, ancien colonel, aurait conclu un achat aussi discret qu’original : un polygraphe, accompagné de ses techniciens. Moins d’un mois plus tard, l’appareil trône au cœur du processus de formation du nouveau gouvernement. Jamais dans l’histoire contemporaine un chef d’État n’avait érigé l’électrode en préalable à une nomination ministérielle. Au-delà du casting ministériel, le régime envisage même d'étendre ces tests aux évaluations annuelles des hauts fonctionnaires. Une dérive technocratique révèlant une profonde crise de confiance institutionnelle.
Une technique importée après la visite de Moscou
Même si la présidence de Madagascar ne confirme pas, ni n'infirme la provenance russe du polygraphe. Selon TV5 Monde, l’appareil et les experts russes seraient arrivés peu après le déplacement d’État du président à Moscou en février. Selon les informations de TV5 Monde, ce sont des techniciens russes, probablement liés aux services de renseignement, qui poseront les questions et superviseront les examens.

Le chef de l’État clame sans détour : « Nous avons besoin de collaborateurs intègres. Peut-être pas intègres à 100 %, mais si on atteint 60 % de personnes intègres dans le gouvernement, Madagascar peut changer. »
Le retard dans la nomination du gouvernement s’expliquerait donc par ce filtrage inédit. Les autorités envisagent même d’étendre l’outil aux évaluations annuelles des hauts fonctionnaires.
Un outil qui mesure le stress, pas la probité
Scientifiquement, le polygraphe enregistre respiration, rythme cardiaque, transpiration et pression artérielle. Il détecte le stress, non le mensonge. Un corrompu entraîné peut donc passer le test ; un honnête nerveux peut le rater. Cette limite connue n’empêche pas le président de miser sur lui pour « lutter contre la corruption ».

Face à une corruption endémique, le recours au polygraphe apparaît comme un aveu d’impuissance des mécanismes classiques de contrôle : justice, audits, contre-pouvoirs. Plutôt que de renforcer les institutions, l’exécutif externalise la confiance à une machine et à des opérateurs étrangers.
Sur les réseaux sociaux, l’idée séduit une partie de l’opinion, mais beaucoup exigent que les tous chefs de l’Exécutif et les présidents d’institution se soumettent eux-mêmes à l’examen pour crédibiliser l’opération.



