Macron contre le peuple : chronique d'une dislocation institutionnelle

Macron contre le peuple : chronique d'une dislocation institutionnelle


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Tiens, Lecornu succède à Lecornu. Voilà une belle obstination de la part d'Emmanuel Macron : plus il est viscéralement rejeté dans le pays, plus il impose les siens, c'est-à-dire lui-même, envers et contre tout. Dans le langage courant, on appelle cela de la psychorigidité. Jusqu'à effondrer le régime ? Oui, sûrement. Les macronistes l'ont voulu, ils l'ont, et qu'ils s'en débrouillent !

Il aura donc fallu quatorze heures. Quatorze heures pour qu'un gouvernement, à peine nommé, s'effondre sur lui-même, devenant la risée de l'Europe et le symbole tragique d'une Vème République à l'agonie. L'échec fulgurant du gouvernement Lecornu, en cet automne 2025, n'est pas un simple accident de parcours. C'est la manifestation clinique d'une pathologie institutionnelle dont le patient zéro n'est autre que le chef de l'État. Car la crise que nous traversons n'est plus seulement politique ; elle est psychologique. Elle naît de la collision frontale entre la psychorigidité d'un homme et la réalité d'un pays qu'il ne peut plus ni comprendre, ni gouverner.  

Le diagnostic est sans appel. Depuis son arrivée au pouvoir, Emmanuel Macron a gouverné selon un logiciel unique : celui de la verticalité "jupitérienne". Une posture de surplomb, théorisée et assumée, où la décision, solitaire et centrale, prime sur la négociation. Ce style, analysé par de nombreux observateurs, révèle une difficulté structurelle avec l'altérité, une incapacité à concevoir le compromis autrement que comme une compromission. Face à la contradiction, la réponse n'est pas l'adaptation, mais la persévérance ; l'échec n'est jamais le fruit d'une erreur de jugement, mais de l'irrationalité du monde extérieur.  

Cette structure mentale, que l'on peut qualifier de psychorigidité, n'est pas une force de caractère, mais une inélasticité cognitive. C'est un mécanisme de défense contre l'incertitude, un besoin de contrôle absolu dans un monde qui, par essence, est chaotique. Tant que le Président disposait d'une majorité absolue, ce trait pouvait être confondu avec de la détermination. Mais le séisme des législatives de 2022 a tout changé. 

En privant le Président de sa majorité, les Français n'ont pas seulement changé la composition de l'Assemblée ; ils ont changé les règles du jeu. Le régime hyper-présidentiel, conçu pour un monarque républicain doté d'une chambre d'enregistrement, est devenu, de fait, un régime parlementaire exigeant la souplesse, la coalition, l'art subtil de la négociation. Le système réclamait un changement de logiciel. Or, le Président en est structurellement incapable.  

C'est ici que le drame se noue. Au lieu de s'adapter, Emmanuel Macron a engagé un bras de fer avec le "pays réel". Incapable de bâtir des compromis, il a choisi de contourner ou de soumettre le Parlement, ce "mal nécessaire", par l'usage répété du 49.3. Il n'a pas vu la nouvelle donne parlementaire comme une contrainte à intégrer, mais comme un obstacle à forcer. Chaque crise, chaque motion de censure, chaque gouvernement renversé n'a pas été un signal d'alerte, mais la confirmation, dans son esprit, que les autres avaient tort.  

La chute du gouvernement Lecornu est l'apogée de ce déni de réalité. La nomination de Bruno Le Maire, figure tutélaire de la macronie, dans un gouvernement prétendument d'ouverture à la droite, n'était pas une simple maladresse. C'était l'acte d'un chef qui croit encore que sa seule volonté peut tordre le bras du réel. C'était ignorer la ligne rouge tracée par ses potentiels alliés, considérer leur parole comme quantité négligeable. La réaction de Bruno Retailleau et l'implosion du "socle commun" n'ont été que la réponse mécanique du réel à une injonction impossible. Le gouvernement n'a pas été renversé ; il s'est évaporé au contact de la réalité politique que le Président avait décidé d'ignorer.  

Aujourd'hui, la dislocation est à l'œuvre. La Vème République, pensée pour la stabilité, est devenue le théâtre d'une instabilité chronique qui rappelle les pires heures de la IVème. Mais la cause est différente. L'instabilité ne vient plus de la faiblesse de l'exécutif, mais de la rigidité de son chef. Le moteur du régime, la présidence, tourne à plein régime mais dans le vide, incapable de s'adapter à un terrain qui a changé.  

En s'obstinant à appliquer un logiciel de verticalité à une situation qui exige l'horizontalité, Emmanuel Macron n'est plus le garant des institutions : il en est devenu le principal facteur de blocage. Sa psychorigidité, son incapacité à se réinventer, transforme la crise politique en crise de régime. Chaque tentative de passage en force ne fait qu'approfondir les fractures et délégitimer un peu plus un système à bout de souffle. En voulant incarner la stabilité d'un roc, Emmanuel Macron est devenu le marteau qui fissure l'édifice. La question n'est plus de savoir si le régime peut survivre à son Président, mais s'il survivra à sa psyché.


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