Les derniers chiffres de l'INSEE sur l'industrie française en 2023 dressent un tableau sans appel : contrairement au discours politique ambiant, le véritable moteur de l'emploi industriel n'est pas la myriade de petites entreprises, mais bien une centaine de grandes entreprises et environ 2 100 Entreprises de Taille Intermédiaire (ETI). Ensemble, elles concentrent 69% des salariés du secteur, une proportion écrasante qui soulève des questions fondamentales sur l'écosystème économique français et son incapacité à favoriser l'émergence et la croissance des petites structures.

L’Insee a publié une étude mettant en lumière les caractéristiques des entreprises industrielles en France en 2023. Le rapport indique que l’industrie réunit différentes activités. C’est le secteur qui emploie le plus grand nombre de salariés. Les entreprises industrielles sont également plus productives que les autres. Elles ont vite redressé la pente après la chute d’activité causée par la crise du Covid-19. Cette étude de l’Insee révèle aussi que le tissu industriel français est fortement internationalisé.
Un secteur dynamique et productif
L’Insee a publié les résultats de son étude sur les entreprises industrielles en France en 2023. Selon ce rapport, elles ont des activités très variées qui couvrent la conception, la production et la commercialisation de biens. Ces sociétés opèrent aussi dans des secteurs très diversifiés comme l’agroalimentaire, la métallurgie, l’électronique, l’aéronautique, la chimie ou encore l’automobile.
En 2023, l’industrie est le secteur qui fournit le plus grand nombre d’emplois en France. Les entreprises industrielles ont recensé près de 3,4 millions de salariés en équivalent temps plein (EQTP). 87% d’entre eux, soit 2,9 millions de salariés, travaillent dans le secteur manufacturier. L’agroalimentaire est la filière qui compte le plus grand nombre d’effectifs. Il emploie 666.000 salariés. La fabrication de produits informatiques, électroniques et optiques est le second secteur employeur avec 439.500 effectifs au total. La fabrication de matériel de transport arrive en troisième position avec 400.300 salariés.
Selon cette étude de l’Insee, 69% des salariés du secteur industriel travaillent dans les grandes entreprises et ETI (entreprises de taille intermédiaire). Les grandes entreprises qui sont au nombre de 112 sont celles qui ont les effectifs les plus élevés. Elles emploient 1,2 million de salariés, ce qui représente 34% du total. C’est une part très importante si on fait la comparaison avec les grandes entreprises des secteurs non industriels. Ces dernières sont au nombre de 215 et elles emploient 26% des salariés.

Les ETI sont très présentes dans le secteur industriel. L’Insee a recensé 2077 établissements qui emploient 1,2 million de salariés, soit 35% du total. Ils fournissent plus d’emplois que les 5.219 ETI non industrielles. Les petites et moyennes entreprises (PME) et les microentreprises sont peu représentées dans l’industrie française. Leur part dans l’emploi salarié est plus faible. Elle est de 31% contre 51% dans les secteurs non industriels.
Ce rapport de l’Insee a aussi révélé que les entreprises industrielles sont plus productives que d’autres. Les immobilisations corporelles par salarié sont plus élevées que la moyenne des entreprises non agricoles et non financières. Cette forte productivité est aussi liée au fait que les entreprises industrielles disposent du personnel qualifié. De plus, elles proposent des salaires plus élevés, optimisant ainsi la motivation des salariés. Ils sont supérieurs de 11% à la moyenne des entreprises non agricoles et non financières.
Productivité et internationalisation : le privilège de la taille
Les grands acteurs industriels accaparent également les performances économiques. Leur productivité et leurs salaires dépassent significativement la moyenne nationale.
Surtout, ils dominent l'internationalisation : les grandes entreprises et ETI industrielles réalisent à elles seules 59% du chiffre d'affaires exporté de toutes les entreprises françaises.

Près d'un tiers des grandes entreprises industrielles sont sous contrôle étranger, et les groupes français ont, quant à eux, délocalisé une large part de leur activité (61% de leurs effectifs sont à l'étranger).
À l'opposé, seules 7% des PME industrielles françaises ont une filiale hors de nos frontières. Cette dichotomie illustre un fossé abyssal entre une élite mondialisée et protégée, et une base de PME largement confinée au marché national, entravée par la complexité administrative et la fiscalité.
Les données de l'INSEE dissipent une illusion tenace : dans l'industrie, les grands employeurs sont les grandes entreprises, pas les PME. Cette réalité est le symptôme d'une économie française sclérosée. Le véritable enjeu n'est pas de célébrer les champions nationaux, souvent dépendants des décisions de sièges sociaux situés à l'étranger, mais de libérer le potentiel des milliers de petites entreprises étouffées par un carcan réglementaire, une fiscalité confiscatoire et des barrières à l'entrée artificielles. Pour que la France retrouve un tissu industriel dynamique et décentralisé, il est urgent de démanteler le système qui récompense la concentration et pénalise l'audace entrepreneuriale.



