Le RN piégé dans une bataille de diversion qui s’annonce mal

Le RN piégé dans une bataille de diversion qui s’annonce mal


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Le RN devrait être sommé de livrer bataille en terrain défavorable dès aujourd'hui, et sans guère avoir eu le temps de préparer ses forces. Alors que le gouvernement s'épuisait dans une dangereuse répétition de "49-3" pour faire passer ses budgets, le député bordelais inconnu jusqu'ici Grégoire de Fournas a offert à une NUPES chancelante et un Macron lessivé une occasion royale de reprendre de l'oxygène. Voici Marine Le Pen contrainte de déployer sa vision de l'immigration en terrain découvert avec ses adversaires en embuscade. Reste à savoir comment l'opinion réagira face aux totems de la doctrine mondialiste sur l'immigration.

Il était difficile de passer à côté de l’incident provoqué par le député Grégoire de Fournas, RN, hier à l’Assemblée. Interrompant une question au gouvernement posée par un député LFI sur les migrants qui traversent illégalement la Méditerranée, ce député inconnu (jusque-là) au bataillon a commis une phrase dont certains affirment qu’elle était « qu’ils retournent en Afrique » et d’autres « retourne en Afrique », adressée selon eux) au député LFI. Il n’en fallait pas plus pour déclencher une interruption de séance et susciter la colère unanime d’une NUPES qui se déchirait jusque-là sur le bien-fondé des motions de censure déposées à répétition par la France Insoumise.

On retiendra par exemple les propos particulièrement limpides de Sandrine Rousseau sur le sujet.

Pas de chance pour Marine Le Pen

Dans tous les cas, c’est sur ce genre d’incident que les problèmes arrivent et Marine Le Pen, qui a laissé Grégoire de Fournas faire une tournée médiatique pour dénoncer la malhonnêteté de LFI a peut-être mal évalué la situation.

Sur le fond, en effet, personne ne sait ce que les Français pensent majoritairement des bateaux qui traversent la Méditerranée, aidés par des ONG souvent financées par les grands manitous de la mondialisation. Rien n’exclut que le discours mondialiste victimisant ces migrants ne soit minoritaire dans le pays.

On peut simplement penser que le RN ne met pas toutes les chances de son côté en abordant la question sans préparation préalable, et au détour d’une petite phrase de tribune qui sème la discorde. Disons même que le cartel des médias subventionnés, qui a immédiatement titré séance tenante sur le sujet, ne s’y est pas trompé : voilà une occasion rêvé de fendre l’armure de la dédiabolisation portée depuis près de 10 ans par Marine Le Pen.

Faire oublier le 49-3

Pour la presse subventionnée par Macron, la période n’était pas faste. Le gouvernement a dégainé quatre fois le 49-3 pour faire passer son budget, en l’espace de quinze jours. Même les macronistes les plus fanatiques sont à la peine pour justifier cette méthode de gouvernement qui rend le Parlement totalement inutile.

Le choix fait par Marine Le Pen de voter la motion de censure déposée par LFI avait mis la presse subventionnée en difficulté : pas de polémique à se mettre sous la dent pour détourner l’attention du 49-3 et pour la focaliser sur de prétendues dissensions dans l’opposition.

Et patatras ! la saillie du député de Fournas donne soudain une bouffée d’air frais. Les journalistes aux ordres ne sont plus obligés de commenter inlassablement l’autoritarisme d’Elisabeth Borne. Ils peuvent retrouver leurs bons vieux marronniers sur ces députés du RN profondément racistes, qui déshonorent la République.

La sortie virulente de Laurent Neumann sur BFM a montré combien les chiens de garde du régime attendaient avec impatience une bouffée d’oxygène de ce genre pour sortir, au moins l’espace de quelques jours, du long tunnel appelé 49-3 :

Fournas sauve la NUPES

Les députés de la NUPES eux-mêmes n’en demandaient pas tant. Leur alliance brinquebalante n’est en effet pas un long fleuve tranquille. Entre le bouillonnement de LFI, la radicalité de certains écologistes et le souci de respectabilité des socialistes, la vie quotidienne de cette gauche plurielle n’est pas sans accroc.

Une saillie contestable du RN permet de resserrer les rangs à moindre prix. Fournas a permis une belle démonstration d’unité sur le dos de son parti. C’était inespéré.

Une question pendante

Reste que, une fois, le jeu des petites phrases et des polémiques politiciennes et parisiennes prive l’opinion d’un vrai débat sur l’immigration clandestine (et sur le rôle que l’hyper-capital financier américain joue dans l’orchestration de celle-ci). Il est pourtant très probable que les Français souhaitent aujourd’hui avoir ce débat…

L’angle polémique enfoncé par Fournas devrait les en priver. Les forces favorables à ce grand mouvement de la mondialisation sont en effet trop contentes de trouver un prétexte pour réduire la question à l’alternative raciste ou pas raciste.

Le cartel des médias subventionnés devrait toutefois se méfier : la caricature qui va se substituer au débat risque tôt ou tard de renforcer le RN, sans que ce renfort ne soit visible.

Une machine à produire de la polémique

Reste que la saillie pas vraiment drolatique du député Fournas tombe au mauvais moment. Cette après-midi, l’Assemblée Nationale devrait statuer sur la sanction qu’elle lui inflige, et l’on peut penser que tous les groupes vont profiter de cette occasion pour reconstituer le cordon sanitaire autour du RN que Marine Le Pen avait commencé à user. Demain, au Congrès du RN, la même Marine doit en principe céder sa présidence à Jordan Bardella. Grégoire de Fournas devait y être investi comme porte-parole du parti.

On le voit, les rendez-vous ne manqueront pas pour alimenter la polémique et pour faire oublier la mauvaise séquence du 49-3.

Cette bataille de diversion serait un bon test de la solidité politique de Marine Le Pen.


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