La boîte aux lettres de Jean Castex inondée de petites culottes

La boîte aux lettres de Jean Castex inondée de petites culottes


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Elles sont plus de 200 boutiques de lingerie gérées par des femmes culottées mais pas résignées à s’être associées dans le collectif « Action culottée ». Chacune d’entre-elle a envoyé une petite culotte à l’attention de Jean Castex. Une action humoristique mais avant tout symbolique.

Ce sont de petites entreprises indépendantes, en majorité gérées par des femmes, seulement 3 hommes pour plus de 200 gérants). Elles ont été indignées comme nous par la fermeture des commerces dit « non essentiels » et elles ont décidé de fédérer les détaillants lingerie et bain et de créer le collectif « Action culottée ».

Nous sommes allés à la rencontre de trois d’entre-elles, Nathalie Paredes, Aline Pran, Anaïs Rieux, qui ont contribué à organiser cette action qui montre qu’il n’y a pas que Macron qui sait communiquer.

Elles sont un échantillonnage représentatif de la diversité de ces entreprises fragiles : la lingerie « Sylvette » boutique historique ouverte depuis 1948 dans la métropole lyonnaise, « Les Rituelles » boutique mode à Paris et « La petite folie » installée à l’ile d’Oléron dans la France des terroirs.

UNE ACTION CULOTTEE

Le collectif souhaite alerter face à la situation très critique que vivent des centaines de boutiques de sous-vêtements à travers toute la France. C’est pourquoi « Action culottée » interpelle le gouvernement, de façon rigolote mais pas idiote, en envoyant par la Poste 200 « culottes de mécontentement à Matignon » !

Pour médiatiser leur action elles ont créé un groupe sur Facebook

Leur action a été lancée de manière très indépendante même si elle a reçu le soutien de la Confédération Nationale de la Lingerie et de sa présidente, Emilie Lété, mais un avis plus modéré de la part de Francis Palombi, président de la Confédération des Commerçants de France qui nous a déclaré qu’il « ne soutenait pas officiellement cette forme de communication spontanée. Je la respecte mais je ne suis pas moteur. »

UN TRES FORT SENTIMENT D’INJUSTICE !

Elles posent des questions fondamentales au Premier Ministre : « expliquez-nous avec de vrais arguments pourquoi sommes-nous fermées et pas les rayons de lingerie des grandes surfaces ; qu’est-ce que la notion de non essentialité ; est-ce que la fermeture de nos commerces va arrêter la propagation du virus alors que les commerces de vin, de textile pour enfants, de cigarettes électroniques, de téléphonie, les coiffeurs… restent ouverts » ?

Mais la culotte ? N’est-ce pas une question d’hygiène et de protection ? N’est-ce pas la première chose que nous enfilons le matin pour nous habiller ?

Le comble c’est que les grandes surfaces qui ne respectent pas la consigne de fermer leur rayon lingerie, le font par une interprétation abusive du décret en considérant que la lingerie est un produit d’hygiène ! Et quand les petits commerçants protestent, l’administration leur conseille de faire une lettre au Préfet pour dénoncer les enseignes qui ne respectent pas la consigne. La délation comme moyen de gestion comme dans les plus beaux jours de 1940.

Les études montrent pourtant que ce n’est pas dans les commerces indépendants que le risque de transmission est le plus élevé. Les petites surfaces permettent de réguler le flux de visiteur de façon précise. Les grandes surfaces, elles, sont ouvertes à des centaines de personnes, accueillent du public souvent sans respect des jauges fixées et ne font pas toujours respecter les mesures de distanciation sociale. « Nous ne pouvons accepter cette concurrence déloyale et pourtant actée par le gouvernement » disent-elles.

La vérité est que nous sommes tous essentiels. Le commerce de proximité est précieux. Il contribue à l’économie locale et fait vivre les communes. Il renforce le tissu social des villes comme des villages. Ces commerces sont les animateurs des centres villes, les confidents des personnes seules ou âgées, des distributeurs de bonheur auprès des clients, la fierté des maires.

LE GOUVERNEMENT COMMUNIQUE SUR DES MENSONGES

Les Préfets ont pris des arrêtés pour imposer le « clic and collect ». Mais c’est une mesure inadéquate pour ces commerces dont le fondement du métier est le conseil comme le faisaient les corsetières. « Le clic and collect » n’a qu’un effet vitrine et de plus il ne génère que 5% du chiffre d’affaires habituel. C’est donc beaucoup d’énergie, beaucoup de travail et beaucoup de présence pour bien peu de rentabilité !

De plus nos énarques manquent de psychologie, sinon du sens du commerce, s’ils ne se rendent pas comptent que l’intime ne va pas avec un essayage sur le pas de porte.

Les petites entreprises souffrent beaucoup de la politique du « stop and go » imposée par le gouvernement comme ce fut le cas avec la décision de confinement à la dernière minute au milieu des vacances de Toussaints. Rien n’est possible dans une entreprise sans un minimum de perspectives.

La mode c’est d’abord une question de rotation de stocks. La décision de confinement tardif a mis les commerces qui ont constitué leurs stocks devant le fait accomplis. Or l’aide gouvernementale au financement des stock, annoncée par Bercy à grand renfort de trompettes, ne sera payé pour les stocks d’hiver (invendus à ce jour) qu’avec un décalage de six mois. Pendant ce temps la collection de printemps est arrivée et aucune annonce gouvernementale n’a été faite pour renouveler l’aide.

Un fond de solidarité sera parait-il mis en place permettant au commerçant de percevoir soit 10000 euros soit 20% de son chiffre d’affaires. Mais ces montants sont très insuffisants pour payer les fournisseurs. C’est une chaine de difficultés qui se crée, car les fournisseurs aussi connaissent des situations de trésorerie tendues depuis le premier confinement et sont bien incapables au troisième confinement d’accorder des délais de paiement à moins d’être eux-aussi en péril.

DES ENTREPRENEURS RESPONSABLES QUI ATTENDENT DES MESURES CONCRETES

La presse étrangère s’est déjà fait l’écho de « Action culottée ».

Le collectif « Action culottée » demande d’abord le reclassement des sous-vêtements en produit de première nécessité et de ce fait, la réouverture des boutiques concernées ; ensuite une aide en encadrant les promotions avant les soldes d’été afin de ne pas créer de distorsion de concurrence, car si les indépendants sont contraints de vendre leur stock à -50% ils ne réaliseront pas de marge et n’auront donc plus de trésorerie pour poursuivre leur activité.

Ces commerçants désespèrent de survivre si après deux mois de fermeture les grandes enseignes et géants du web se mettent comme en 2020 à proposer leurs collections à prix cassé.

C’est pourquoi le collectif demande au gouvernement de choisir une date de soldes et de faites-en sorte que les promotions ne commencent qu’à la date définie.

D’autres sujets seront abordés si le Premier Ministre daigne recevoir les représentantes de ces commerces de lingerie qui ont imaginé une action spontanée mais désormais concertée et bien organisée.

Ce sont d’ailleurs les mêmes sujets qui devraient mobiliser d’autres petits commerces également pénalisés par les mesures sanitaires : comment peut-on promettre un fond de solidarité dont le paiement est toujours attendu ; comment faire face aux frais fixes pour lesquels aucune mesure d’aide n’est prévue sauf pour les entreprises ayant un CA supérieur à 1 million d’euros ; comment supporter le reste à payer des congés annuels pour ceux qui ont un ou des salariés ; quel recours face aux assurances qui n’indemnisent pas ; comment négocier avec des bailleurs qui refusent de sursoir au paiement des loyers malgré des avantages fiscaux promis par Bercy…

Monsieur Castex se pose-t-il la question de savoir comment certaines femmes, qui n’ont pas de conjoint, font pour manger ou assurer les charges du quotidien puisqu’elles n’ont pas droit au chômage partiel en tant que travailleur indépendant et aucune ressource provenant de leur commerce fermé par décision administrative ?

Il serait souhaitable que d’autres fédérations des commerces de l’équipement de la personne s’engagent à réaliser des actions aussi spectaculaires que bon enfant. Nous en suggérons une au syndicat de la chaussure, envoyer un bon coup de pied aux fesses à ce gouvernement.


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