La BNP, le juge et l'intérêt national : chronique d'une soumission française, par Thibault de Varenne

La BNP, le juge et l'intérêt national : chronique d'une soumission française, par Thibault de Varenne


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L'affaire est entendue. Le verdict rendu ce 17 octobre 2025 par un tribunal de New York contre la BNP Paribas n'est pas un simple fait divers judiciaire ; c'est un acte politique de haute importance. Il confirme, pour qui sait voir, la réalité brutale des rapports de force internationaux et l'état de sujétion dans lequel se trouve la France face à la prétention américaine d'exercer une juridiction universelle.

La banque française est donc reconnue coupable de complicité dans les crimes du régime soudanais d'Omar el-Béchir. Le prétexte : avoir maintenu les flux financiers nécessaires à la survie de Khartoum. Le résultat immédiat : un effondrement de l'action en bourse de près de 8% le lundi 20 octobre, et la perspective de milliards de dollars de dommages et intérêts à verser à des milliers de plaignants regroupés en action collective.

Il faut ici écarter d'emblée l'écran de fumée moralisateur. Nul ne nie les atrocités commises au Soudan. Mais la question fondamentale pour nous, Français, n'est pas celle de la vertu universelle, c'est celle de l'intérêt national. Comment accepter qu'un fleuron de notre économie soit jugé, et condamné, sur un sol étranger, pour des actes commis hors de ce territoire, et majoritairement pilotés depuis la Suisse ? Ce procès n'est pas le triomphe du droit ; c'est la démonstration éclatante de l'extraterritorialité américaine, instrument privilégié d'un impérialisme qui utilise la justice comme une arme de guerre économique.

La répétition du diktat américain

Pour mesurer l'ampleur de cette ingérence, il faut rappeler le précédent de 2014. À cette époque, la BNP Paribas avait déjà dû s'acquitter d'un tribut exorbitant de 8,9 milliards de dollars pour avoir violé des embargos décrétés unilatéralement par Washington. La faute de la banque n'était pas d'avoir enfreint une loi française ou un mandat international, mais d'avoir utilisé le dollar pour des transactions que l'Amérique, seule, réprouvait. C'était déjà une capitulation inacceptable, une reconnaissance de fait de la suprématie de la loi américaine sur notre propre souveraineté.

Le jugement de 2025 marque une aggravation décisive de ce processus. Nous passons de la sanction pénale pour violation de règles financières à la responsabilité civile pour complicité de crimes de masse. Des réfugiés soudanais établis aux États-Unis ont obtenu gain de cause en arguant que la banque, en tant que partenaire financier du régime, avait indirectement permis les exactions.

Cette extension du champ de la responsabilité est vertigineuse. Elle crée une insécurité juridique totale pour toute entreprise française opérant à l'international. Si l'on suit cette logique, quelle banque sera demain tenue responsable des actions des gouvernements qu'elle finance ? Ce qui est frappant ici, c'est l'instrumentalisation de la souffrance des victimes au service d'une opération politique et économique. Le droit est détourné de sa finalité première pour devenir un outil de contrôle et de prédation.

Le dollar, levier de l'asservissement

Le mécanisme de cette domination est connu ; il repose sur l'hégémonie du dollar. Dans l'architecture financière mondiale actuelle, toute transaction internationale d'envergure transite par des chambres de compensation situées aux États-Unis. Ce simple fait technique, le "dollar clearing", suffit à donner aux autorités américaines un droit de regard et un pouvoir de sanction sur l'ensemble du commerce mondial.

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