Six ans après la mort en détention du financier, Jeffrey Epstein, accusé de trafic sexuel pédocriminel, le Congrès peine toujours à établir des responsabilités claires. Dernier épisode en date : le refus de Bill et Hillary Clinton de témoigner devant la commission d’enquête de la Chambre des représentants, dirigée par le républicain James Comer. En refusant de témoigner, le couple défie l'administration Trump et dénonce une manœuvre politique, illustrant une fois de plus l'arrogance d'une caste au-dessus des lois.

Hillary et Bill Clinton ont reçu une convocation de la part du Congrès américain, leur demandant de témoigner dans le cadre de l’affaire Epstein. L’ancien couple présidentiel a adressé un courrier aux Républicains, annonçant leur refus de comparaître.
Un défi lancé au Congrès
Les Clinton invoquent la « motivation politique » des auditions, accusant les républicains de vouloir les « embarrasser ». En face, James Comer agite les voyages en « Lolita Express » et les visites à la Maison Blanche. Chaque camp campe dans son rôle : l’un criant à la chasse aux sorcières, l’autre à l’obstruction. Le débat se déplace ainsi sur le terrain du conflit partisan, stérile et médiatique.

L’ancien couple présidentiel a adressé une lettre expliquant ce choix risqué au président de la commission, le républicain James Corner. Dans ce courrier de 4 pages révélé par la chaîne CNN, les époux Clinton ont déclaré qu’ils sont « injustement poursuivis » et que cette citation à comparaître est « invalide et juridiquement inapplicable ».

Ils reprochent notamment à James Comer de ne pas avoir exigé du ministère de la Justice la publication intégrale des dossiers Epstein, comme le prévoit pourtant une loi adoptée en novembre.
Pour les Clinton, l’essentiel est ailleurs : comprendre pourquoi Epstein a pu agir pendant des décennies avec une telle impunité, et pourquoi l’appareil judiciaire et politique américain a failli à le poursuivre efficacement.
Des zones d’ombre qui persistent
James Comer n’a pas tardé à répliquer. Il affirme qu’Epstein s’est rendu à la Maison-Blanche à 17 reprises sous la présidence Clinton et que Bill Clinton aurait voyagé 27 fois à bord de l’avion privé du financier après son mandat. Officiellement, aucune accusation n’est formulée, mais les « questions » demeurent, insiste le président de la commission.

Bill Clinton a toujours nié avoir eu connaissance des crimes d’Epstein et affirme ne plus avoir été en contact avec lui depuis plus de dix ans avant son arrestation. Des dénégations qui n’ont jamais été véritablement confrontées à une enquête publique exhaustive.

Le comportement des Clinton est celui d’une élite convaincue de son impunité et maîtrisant les rouages de l’appareil étatique pour se protéger. Leur promesse d’un « long combat juridique » est un calcul : user de la lenteur procédurière et du coût exorbitant des procédures pour épuiser et enterrer la demande de transparence. Plus révélateur encore est l’attitude de l’appareil d’État lui-même. La loi exigeait la publication intégrale des documents Epstein. Fin décembre, l’administration Trump a commencé à publier des milliers de documents liés à Epstein. Mais la promesse de transparence reste largement inaboutie : dossiers incomplets, pages entièrement noircies, fichiers caviardés.

L’affrontement entre les Clinton et la commission Comer souligne l’échec du système de « checks and balances ». D'un côté, des figures historiques refusent de rendre des comptes sur leurs liens avec un prédateur sexuel notoire ; de l'autre, un pouvoir qui utilise la transparence de manière sélective. Les Clinton et Comer jouent la même pièce, alternant les rôles de persécuteur et de persécuté selon qui détient temporairement le pouvoir.





