En Chine, la rue menace Xi Jinping d’une révolution de palais, par Yves-Marie Adeline

En Chine, la rue menace Xi Jinping d’une révolution de palais, par Yves-Marie Adeline


Partager cet article

Il est impossible d’entrevoir nettement ce qui va sortir des manifestations en Chine, provoquées par la politique de zéro Covid adoptée par le gouvernement. Nous n’attendions pas une crise politique de ce côté-là mais, plutôt de la crise immobilière qui ruine une partie de la classe moyenne. Mais il va sans dire que dans ce genre de circonstances, une crise s’ajoute à l’autre. Et l’on peut même y ajouter la possibilité d’une rivalité interne au sommet du pouvoir après la clôture du XXe congrès du parti communiste, qui a apparemment renforcé Xi Jinping.

Xi Jinping moins prudent que Mao?

 

D’habitude, le président réélu à la tête de l’Etat rassemblait autour de lui une équipe plus consensuelle. Même Mao Tsé Toung devait compter avec la force des courants contradictoires. Xi Jinping, lui, a été tellement sûr de sa position qu’il n’a appelé à ses côtés que des affidés. On a même vu son prédécesseur, l’ancien président Hu Jintao, se faire expulser en pleine séance du Congrès, ce qui était une manière pour Xi Jinping de marquer sa toute-puissance : il est probable que cette arrogance aura attisé les haines, comme il est tout à fait possible que les manifestations actuelles soient non seulement approuvées en sous-main, mais peut-être même suggérées ou manœuvrées par une opposition siégeant au sommet de l’Etat.

            Il faut rappeler que le mouvement actuel est la conséquence d’une politique procédant de la même arrogance présidentielle. La Chine, qui selon Xi Jinping est entrée en renaissance.

La conduite générale de la lutte contre la pandémie consistait à confiner au maximum la population, depuis trois ans désormais, ce qui non seulement a fini par l’exaspérer, mais en outre n’a pas permis qu’elle se génère des anticorps. La propagande du régime prétend que la maladie n’a atteint qu’une létalité de 3 sur 1000, mais sans anticorps, la population demeure perpétuellement vulnérable.

            C’est en définitive cette même arrogance qui explique l’explosion de la bulle immobilière, dans un secteur déraisonnable qui atteignait 35 % du PIB. On croyait sa croissance infinie, ce qui permettait aux promoteurs un optimisme spéculatif qui est devenu une pyramide de Ponzi quand le confinement, en réduisant le pouvoir d’achat des classes moyennes, a tari la source des investissements particuliers : aujourd’hui, celui qui avait investi une somme de départ n’a même pas accès à son logement – dont la construction a cessé – tout en devant honorer les traites ! Il faut rappeler enfin que la dette du pays représente 300% du PIB, alors même qu’elle ne peut pas être financée par la planche à billets aussi bien que le dollar, seule monnaie universelle et non-convertible en or. Enfin, tandis que la population vieillit, un jeune sur quatre n’en est pas moins réduit au chômage.

       

Fin d’une forme d’entente entre Xi Jinping et la population?

     Ce qui faisait la force de Xi Jinping, c’est que son arrogance pouvait rejoindre celle des Chinois en général, reconnaissants d’être enfin sortis, à partir de Mao, d’une ornière historique humiliante qui a duré des siècles : la population acceptait l’autorité, même liberticide, pour autant que la prospérité lui était offerte et la grandeur nationale rendue. Des décennies de matérialisme communiste – qui d’ailleurs ne contredisaient pas totalement le matérialisme culturel des Chinois imprégnés de l’enseignement de Confucius selon qui « le Ciel ne parle pas » – ont enfermé la population dans cet échange consenti : la prospérité contre la liberté. Mais trois années presque continuelles de confinement ne l’ont pas seulement privée de liberté, elles ont freiné l’activité économique, donc l’enrichissement ; et, répétons-le, à cette frustration s’ajoute la situation économique en général, qui s’est dégradée.

            Il ne restait plus à Xi Jinping qu’une seule alternative : soit réprimer le peuple en colère, soit assouplir le confinement, quitte à permettre à la grippe, d’ailleurs née dans ce pays, de se propager à grande vitesse. Il a choisi le deuxième terme, ce qui entraine deux conséquences.

La première, c’est que désormais la grippe, en atteignant une population qui n’a pas d’anticorps, réduira à néant toute la politique sanitaire adoptée jusque-là, et la discréditera forcément : l’image du chef suprême s’en trouvera écornée et sa position fragilisée, car la seule l’infaillibilité peut justifier les pleins pouvoirs, comme Napoléon tant qu’il gagnait toutes ses batailles.

La deuxième, c’est que ce recul politique va mécaniquement renforcer l’opposition au sommet de l’Etat. Assisterons-nous à une révolution de palais, une déposition pure et simple, ce qui serait la meilleure façon pour le parti communiste de conserver son pouvoir sur le pays ? Nous n’en sommes pas encore là, mais si l’hypothèse peut désormais être formulée, c’est que déjà la contestation de la rue a porté des fruits.  


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Créer son entreprise : micro-entreprise, SARL ou SAS ?

Créer son entreprise : micro-entreprise, SARL ou SAS ?

Je continue aujourd'hui ma série sur la création d'entreprise, en m'attaquant à une question en réalité assez simple mais souvent vécue comme complexe, voire insurmontable, par les "débutants" : quel statut juridique choisir ? Le choix de la forme juridique dépend largement de votre stratégie vis-à-vis des allocations chômage (ARE), de votre besoin de protection sociale et de l'envergure du projet. Voici une analyse comparative pour comprendre pourquoi la SAS (ou SASU) est souvent privilégiée


Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

ALERTE : au-delà de l'attentat contre Trump, l'échec des pourparlers de paix à Islamabad? par Elise Rochefort

ALERTE : au-delà de l'attentat contre Trump, l'échec des pourparlers de paix à Islamabad? par Elise Rochefort

Alors que les regards sont braqués sur Washington après la tentative d'assassinat contre Donald Trump survenue samedi soir, un événement aux conséquences géoéconomiques plus lourdes s'est déroulé simultanément à des milliers de kilomètres de là. L'échec brutal du second cycle de pourparlers de paix à Islamabad marque la fin des espoirs de désescalade entre les États-Unis et l'Iran, ouvrant une période d'incertitude majeure pour les marchés mondiaux. Le choc de Washington : Trump évacué du dîne


Rédaction

Rédaction

Pourquoi l'asphyxie mondiale impose une stratégie d'épargne « Barbell » (Guide mis à jour à télécharger), par Vincent Clairmont

Pourquoi l'asphyxie mondiale impose une stratégie d'épargne « Barbell » (Guide mis à jour à télécharger), par Vincent Clairmont

Le monde vient de basculer dans une phase d'usure économique totale. Ce samedi 25 avril 2026, l'espoir d'une désescalade diplomatique s'est évaporé avec le départ précipité d'Islamabad du ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi. En refusant de rencontrer les émissaires de Donald Trump après la mise en place du blocus naval américain le 13 avril, Téhéran a acté la rupture. Pour les épargnants, le message est limpide : la prime de risque géopolitique ne se dégonflera pas. Au cont


Rédaction

Rédaction

Où en sont les BRICS , vu des BRICS ? par Thibault de Varenne

Où en sont les BRICS , vu des BRICS ? par Thibault de Varenne

Aujourd'hui, Thibault de Varenne fait un panorama de l'état des BRICS, sans propagande et à partir des sources des BRICS... L'évolution du groupement des BRICS, entre 2024 et 2026, marque une transition historique d'un forum de concertation économique vers une structure de gouvernance mondiale institutionnalisée. Ce processus, décrit par les sources moscovites, pékinoises et téhéranaises comme l'émergence de la « Majorité Mondiale », ne se limite pas à une simple expansion géographique, mais co


Rédaction

Rédaction