Droits de douane américains: une erreur de calcul à l’origine des tarifs qui ont fait chuter les marchés ?
President Donald Trump displays a chart with reciprocal tariffs during a ‘Liberation Day’ event in the Rose Garden at the White House on April 2, 2025 in Washington, D.C. Today?s tariffs are just the most recent moves that President Trump has taken in this new trade war since returning to the White House less that three months ago. (Photo by Samuel Corum/Sipa USA)/60532923//2504022251

Droits de douane américains: une erreur de calcul à l’origine des tarifs qui ont fait chuter les marchés ?


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Une analyse de l’American Enterprise Institute (AEI) révèle que la forte baisse des marchés boursiers après l’annonce de nouveaux tarifs douaniers par la Maison Blanche pourrait résulter d’une erreur mathématique. Selon le groupe de réflexion, les taux auraient été largement surestimés, avec des conséquences économiques majeures.

Source : Représentant des États-Unis pour le commerce

Le président Donald Trump a annoncé mercredi dernier une série de droits de douane inédits sur les importations aux États-Unis, allant d’un minimum de 10 % pour tous les pays à 50 % pour des nations économiquement vulnérables, comme le Lesotho. Pour justifier sa décision, le locataire de la Maison-Blanche a dévoilé un tableau comparatif en deux colonnes : à gauche, les tarifs douaniers que les partenaires commerciaux de Washington appliqueraient aux exportations américaines, et à droite, les nouveaux droits de douane « réciproques » que les États-Unis imposeront à chaque pays. L’annonce de ces nouveaux tarifs douaniers par la Maison Blanche a entraîné la plus forte baisse hebdomadaire du marché boursier depuis la crise du COVID-19. Pourtant, selon l’American Enterprise Institute (AEI), un groupe de réflexion conservateur basé à Washington, ces tarifs auraient été calculés sur une base erronée.Les chercheurs de l’AEI ont analysé la formule mathématique publiée par le Bureau du représentant américain au commerce (USTR). Leur conclusion : une erreur d’appréciation dans l’élasticité des prix à l’importation a conduit à une surestimation des taux de droits de douane.

Une mauvaise application des variables

D’après MarketWatch, la Maison Blanche a pris en compte plusieurs facteurs pour déterminer les nouveaux tarifs :

  • Le déficit commercial de chaque pays avec les États-Unis,
  • Le volume des exportations vers les États-Unis,
  • L’élasticité de la demande d’importation par rapport aux prix à l’importation,
  • L’élasticité des prix à l’importation par rapport aux droits de douane.

Cependant, la valeur attribuée à l’élasticité des prix à l’importation était de 0,25, alors qu’elle aurait dû être plus proche de 1 (0,945 exactement). Selon Kevin Corinth et Stan Veuger, auteurs de l’étude de l’AEI, la Maison Blanche aurait utilisé l’élasticité des prix de détail plutôt que celle des prix à l’importation.

Une surestimation des tarifs avec des conséquences boursières

En recalculant les taux avec la bonne élasticité, l’AEI a constaté que :

  • Aucun tarif n’aurait dû dépasser 14 %,
  • La plupart des droits de douane auraient dû se situer autour de 10 %, un niveau comparable à celui appliqué sous l’administration Trump.

Cette erreur aurait eu un impact immédiat sur les marchés :

Mais après l’annonce officielle de taux bien plus élevés, le S&P 500 a enregistré sa pire semaine depuis mars 2020, chutant de 9,1 %.

Ce recalcul remet en question l’ampleur de la réaction des marchés. En effet, lorsque le Wall Street Journal a rapporté que le tarif universel serait de 10 %, sans détailler les tarifs réciproques, les contrats à terme boursiers ont même brièvement augmenté.

Une erreur de calcul ou une décision stratégique?

Une question demeure : s’agit-il d’une simple erreur de calcul ou d’une décision stratégique de la Maison Blanche ?

L’USTR a justifié ses choix en s’appuyant sur des études académiques sur l’élasticité-prix, notamment celles du professeur Alberto Cavallo de la Harvard Business School. Or, Cavallo lui-même estime que ses conclusions pourraient avoir été mal interprétées par l’administration américaine.

Selon Corinth et Veuger, la formule utilisée n’a « aucun fondement dans la théorie économique ni dans le droit commercial ». Ils estiment qu’au minimum, la Maison Blanche aurait dû vérifier scrupuleusement ses calculs avant d’imposer ces nouveaux tarifs.

L’analyse de l’AEI met en lumière un problème majeur : si les tarifs ont été calculés de manière erronée, leur impact économique et boursier pourrait être disproportionné.

« Si cette formule doit servir de base à la politique commerciale américaine, on devrait au moins s’attendre à ce que les calculs soient faits avec rigueur »

, concluent les chercheurs.

La question reste ouverte : s’agit-il d’une maladresse ou d’une manœuvre stratégique ? La réponse pourrait influencer la confiance des investisseurs dans les prochaines décisions économiques du gouvernement.


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