Dans l'histoire des régimes à bout de souffle, le masque de la respectabilité institutionnelle finit par glisser pour révéler les connivences. L'affaire « Legrand-Alloncle », qui secoue le landerneau médiatico-politique en cette fin d'année 2025, est de ceux-là. Au-delà de l'anecdote d'un déjeuner parisien enregistré à la sauvette, c'est le traitement qu'en fait le quotidien Le Monde qui doit retenir notre attention. Il signe, si besoin en était encore, l'acte de décès du « journal de référence » au profit d'un organe de combat au service de la caste.

Le fait générateur est pourtant d'une banalité crue, presque vulgaire : des journalistes du service public, grassement rémunérés par l'impôt, devisent stratégie politique avec des cadres du Parti Socialiste, affirmant « faire ce qu'il faut » pour une ministre en exercice, Rachida Dati. Dans n'importe quelle démocratie libérale saine, où le quatrième pouvoir joue son rôle de contre-pouvoir, la presse d'investigation se serait jetée sur la moelle de l'information. Existe-t-il un cabinet noir au sein de France Inter? Le service public a-t-il rompu son contrat moral et légal de neutralité?
Mais Le Monde, dans son article du 17 décembre, a choisi une autre voie. Celle de l'omertà sélective et de la sémantique de combat. En qualifiant la vidéo de « séquence tronquée » tout en passant sous un silence assourdissant l'existence d'un constat d'huissier certifiant l'intégrité du rush, le quotidien du soir a commis une faute professionnelle qui ne doit rien au hasard.

Ce n'est plus une omission, c'est un choix éditorial militant. Il s'agissait de disqualifier la preuve pour ne pas avoir à juger le fond. La technique est vieille comme la Pravda : quand le miroir vous renvoie une image insupportable de votre propre corruption morale, brisez le miroir et accusez celui qui le tient d'être un « barbouze ». L'argument technique de la manipulation vidéo, pourtant démonté par le rapporteur Charles Alloncle lors des auditions, a été maintenu par la rédaction du Monde comme un dogme, une vérité révélée destinée à protéger les « copains ».
M. Charles Alloncle, rapporteur. Je réagis à ce que vous dites, madame Benkemoun. Vous parlez de « séquences tronquées et montées ». Or, à la demande de M. Cohen lui-même, un constat d’huissier a été effectué et a permis de certifier que la vidéo n’a été ni tronquée, ni montée. À aucun moment, d’ailleurs, le comité d’éthique n’a demandé le rush complet, qui a été certifié par huissier. Votre avis se fonde donc sur un postulat faux. Quelle est donc la légitimité du comité d’éthique pour s’exprimer sur ce sujet à partir de postulats qui ont été démontrés comme étant faux ?
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Le réflexe de la citadelle assiégée
Ce glissement n'est pas anodin. Il révèle que Le Monde ne se considère plus comme un observateur impartial de la vie publique, mais comme le gardien du temple, la vigie d'un système aux abois. Face à la commission d'enquête parlementaire initiée par l'UDR, perçue non comme un outil démocratique de contrôle mais comme une intrusion barbare dans « l'entre-soi » feutré de l'audiovisuel public, le journal a activé le réflexe de corps.
