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Cette discrète et dangereuse guerre que Macron livre aux Etats-Unis

Avec les Etats-Unis, la relation française n’est pas au beau fixe. C’est le moins qu’on puisse dire! Manifestement, et en toute discrétion, Emmanuel Macron est bien décidé à contre-carrer l’influence et les appétits américains en Europe et particulièrement en France. Entre la taxe GAFA, le refus d’ouvrir les négociations du TTIP et la préparation de mesures contre les fonds vautour, son activisme est impressionnant. Au point de le mettre politiquement en danger?

Dans l’actualité folle des Gilets Jaunes, et peut-être derrière cette actualité qui rebondit régulièrement entre deux révélations étranges sur l’affaire Benalla (qui est aussi une affaire de contrat avec des magnats russes, ne l’oublions pas), une autre actualité sensible se noue: celle des relations compliquées, tendues, hostiles, qu’Emmanuel Macron a nouées avec les Etats-Unis. En apparence d’inspiration atlantiste, le Président français semble, en toute discrétion et sans que la presse mainstream ne le relève, mener un affrontement compliqué avec les Etats-Unis.

La question centrale de la Défense européenne

De notre point de vue, le nœud gordien de cet affrontement tourne autour de la défense européenne, relancée par Emmanuel Macron début novembre à la grande fureur de Donald Trump.

Alors que les Etats-Unis battent la campagne pour vendre leur F-35 (considéré par eux comme un achat obligé pour leurs alliés) qui devrait durablement lier les membres de l’OTAN à leur stratégie nucléaire, la France joue le rôle des empêcheurs de tourner en rond en proposant une autre solution: la défense européenne. On ne touche pas seulement ici à des questions de géopolitique pure. On touche aussi aux intérêts économiques immédiat du complexe militaro-industriel américain, parfois appelé gouvernement profond ou « Deep State ».

Dans cette partie d’échec très sensible qui se joue, nul ne sait quels pions chaque pays bouge ou utilise. Mais une lecture un peu décalée de l’actualité permet de comprendre en creux là où les représailles s’opèrent.

Lutter contre les fonds vautour

Par exemple, Bruno Le Maire a proposé cette semaine une stratégie en matière de lutte contre les fonds vautours. En l’espèce, il s’agirait d’aider les groupes français à mieux se défendre lorsque des fonds américains tentent d’en prendre le contrôle pour mener des opérations rentables mais à courte vue. On sent bien que le capitalisme français se sent vulnérable et démuni face à l’agressivité de capitaux américains dont la logique peut ne pas être incompatible avec des représailles politiques contre une France trop peu docile.

Lutter contre les GAFA

Plus spectaculaire encore, la lutte contre les GAFA agite beaucoup le gouvernement français. Politiquement, il s’agit de montrer aux Gilets Jaunes que le pouvoir exécutif ne reste pas inactif devant l’optimisation fiscale des géants américains du Net. Mais on ne peut exclure que le zèle français en la matière soit aussi dicté par la volonté de hausser le ton contre les Etats-Unis, qui se plaignent d’ailleurs de cette disposition.

France et USA congelés dans le multilatéralisme

Plus largement, le courant ne passe vraiment pas entre la France et les USA, y compris dans les instances multilatérales. Les officiels américains ont clairement boudé la réunion préparatoire au G7 de Dinard. A l’ONU, les Américains demandent une évaluation de l’opération Barkhane au Mali, conduite par la France. En contrepartie, la France refuse de rouvrir les négociations sur le TTIP. On voit bien que la relation franco-américaine est grippée, et qu’une grande partie d’échec se joue dans cet étrange brouillard.

Les USA utilisent-ils les islamistes pour déstabiliser leurs alliés?

Dans ce Kriegspiel géant, on voit bien que certains paramètres jouent sans qu’on ne les mesure directement. Par exemple, on apprend que le maréchal libyen Haftar menace militairement Tripoli. Le G7 s’en est inquiété. Mais les liens entre Haftar et la CIA mériteraient d’être approfondis. Les USA ont-ils décidé de modifier la donne en Libye?

On ne peut l’exclure, y compris au risque de créer une nouvelle crise migratoire qui déstabiliserait une Europe trop résistante. On notera en particulier que les officiels américains haussent le ton contre l’Allemagne qui consolide sa relation énergétique avec la Russie tout en laissant les Etats-Unis financer son effort de défense.

Au Mali, la recrudescence des violences, notamment du fait des mouvances islamistes, met en péril la présence française. Elle légitime une reprise en main directe des affaires par les Etats-Unis.

Nous rappelons par ailleurs, avec Maxime Chaix, le rôle des Etats-Unis dans l’émergence de Daesh en Syrie.

Bref, tout se passe comme si le départ des troupes américaines hors de Syrie poussait à un déplacement des opérations vers d’autres théâtres qui font partie de la zone d’influence directe de l’Europe et singulièrement de la France.

Quelles représailles américaines contre Macron?

Tout ceci amène à se poser une question simple et cynique: face à la résistance macronienne, face aux manœuvres gênantes de la France, les Etats-Unis adoptent-ils des mesures de représailles discrètes mais efficaces?

La question vient forcément à l’esprit et aucune réponse simple ne peut y être donné. Il est en tout cas évident que le Président français est un gêneur pour les Etats-Unis, et que l’affrontement avec le complexe militaro-industriel américain ne peut être un jeu à somme nulle.

Nous pronostiquons donc pour Emmanuel Macron un printemps très chaud.


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3 Comments

  • BERNARD SORET

    Bonjour ,
    Macron voudrait-il construire l’Europe de De Gaulle a savoir de l’Atlantique à l’Oural ?
    Moins subir l’influence des USA me semble toutefois une bonne idée de même que la création d’une force armée européenne
    Un regret ..une faute politique lorsque Sarkozy a décidé de faire revenir la France dans l’OTAN ..Ce machin !
    PS je ne suis ni fan de Macron ni fan de l’American way of life

  • zedbiper

    bonjour

    se rappeler que la CIA finançait les manifestations de la CGT contre de Gaulle, et que les étoilés américains de l’OTAN avaient discrètement promis, en 1961, aux putschistes d’Alger de les reconnaître en cas de réussite du putsch……..

    Tully, Andrew (1962). CIA: The Inside Story. New York: William Morrow and Company. p. 49. ISBN 978-0688013202.

    à un point tel que le Président américain a du faire une mise au point :

    « On behalf of President John F. Kennedy, White House Press Secretary Pierre Salinger met with French Foreign Minister Maurice Couve de Murville to assure him the CIA had no part in the plot. The next day M. de Murville appeared before the Foreign Affairs Committee of the Chamber of Deputies to testify that there was no evidence of U.S. complicity. »

  • Philippe Dumez

    Bonsoir,
    Article diablement intéressant.
    Qui contraste avec les articles précédents des médias qui déclaraient Macron à bout de souffle et proche du burn out.
    Je préfère donc notre France à la tête haute et au regard lucide

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