Politique

Élysée: départ des strauss-kahniens, retour des sociaux-démocrates dépensiers

Les départs qui se succèdent à l’Élysée sont-ils un épiphénomène ou ont-ils un impact politique fort? Officiellement, l’affaire est secondaire. Dans la pratique, les strauss-kahniens s’écartent du pouvoir et cèdent la place aux sociaux-démocrates historiques. Attention: retour de la dépense publique garanti….

Sur les départs de l’Élysée, les commentateurs raffolent de l’idée qu’ils sont une simple affaire d’hommes ou de circonstances. Cette analyse, dictée par la soif du quotidien et de l’immédiateté, nous semble particulièrement fausse et tronquée. En réalité, elle correspond aussi (contre mauvaise fortune…) à une modification en profondeur de la logique politique commandée par les événements. 

Les départs se succèdent à l’Élysée depuis six mois

C’est à Bruno Roger-Petit, très contesté au poste de la communication de l’Élysée, que revient l’honneur d’avoir ouvert le bal des départs au château. Ainsi, sont « tombés » au champ d’honneur depuis cet été maudit le successeur de Roger-Petit, Sylvain Fort, avant que ce ne soit le cas de Barbara Frugier (conseillère presse internationale), puis de Stéphane Séjourné, conseiller politique, puis aujourd’hui d’Ismaël Émélien.

Ces mouvements peu perceptibles du grand public devraient être suivis d’autres mouvements si l’on en croit Le Monde

Antoine Peillon, actuel conseiller énergie, environnement et transports, va rejoindre Stanislas Guérini à LRM comme directeur de cabinet. Sonya Djemni-Wagner, conseillère justice, serait aussi sur le départ. Surtout, Sibeth Ndiaye, l’emblématique conseillère presse et communication, régulièrement critiquée par les médias qui la rendent pour partie responsable de leurs mauvaises relations avec le chef de l’Etat, pourrait elle aussi évoluer.

Enfin, le départ du secrétaire général Alexis Kohler est également évoqué. 

Les historiques s’en vont

Point commun à tous ces départs, sans résonance politique apparente: ce sont les « historiques » de la macronie qui s’en vont. C’est particulièrement vrai de Séjourné, d’Émélien ou de Fort, et prochainement de Sibeth Ndiaye. Ceux-là ont fait partie du « commando » qui a cru en Macron dès le début et sans qui la course à la présidence n’aurait pas été possible. 

Leur départ annonce comme une phase de maturité pour le Président. Il signifie aussi, en partie, le renoncement à la doctrine du nouveau monde qui s’opposerait à l’ancien. 

Une vague de strauss-kahniens quitte l’Élysée

En même temps, la particularité de beaucoup de ces profils est d’appartenir aux « mormons », c’est-à-dire aux strauss-kahniens et à leurs affidés qui ont donné une saturation libérale de gauche aux couleurs du candidat. On n’oubliera pas ici le rôle central joué dans ce processus par Émélien, qui a longtemps fédéré une petite bande d’amis de Strauss-Kahn (dont Guérini ou Séjourné), et a pourvu à des recrutements plus opaques, comme celui, in fine, d’Alexandre Benalla. 

De notre point de vue, il serait naïf de croire que ce petit club n’a pas eu d’influence politique sur la ligne d’Emmanuel Macron. Et encore plus naïf de croire que leur départ n’en aura aucune. 

Macron le libéralo-strauss-kahnien

Une grande partie de la détestation suscitée par Emmanuel Macron tient à son image, galvaudée, de « libéral », largement façonnée par les strauss-kahniens qui l’entourent. En réalité, l’État n’a jamais dépensé autant que sous Emmanuel Macron. Jamais le déficit et la dette publique n’avaient flirté avec autant de cimes en même temps. 

En profondeur, Macron pratique le libéralisme comme Strauss-Kahn. Il défend les intérêts des grandes entreprises et de leurs dirigeants, sans vraiment s’attaquer à la dépense publique. On pourrait qualifier cette logique politique de réalisme colbertiste. 

La montée en puissance des sociaux-démocrates

Face au mouvement des Gilets Jaunes, Emmanuel Macron devrait gauchir son discours et ses projets. De ce point de vue, l’arrivée dans son cercle « technique » de strauss-kahniens prépare une réorientation en profondeur, signalée par le recrutement à mi-temps de Philippe Grangeon, chaînon manquant entre les strauss-kahniens et les sociaux-démocrates. Si ce dernier a conseillé Strauss-Kahn en son temps, il a aussi conseillé Nicole Notat. 

C’est Philippe Grangeon qui accompagnerait Macron dans la restructuration de l’Élysée autour d’une ligne politique nouvelle. Celle-ci serait marquée par le remplacement de Sylvain Fort à la direction de la communication par l’ancienne conseillère presse de Marisol Touraine, Mayada Doulos, actuellement chez Havas. 

La gauche retrouve des couleurs

Dans cette réorientation, on notera que la gauche reprend des couleurs dans l’univers présidentiel. Le duel récent entre Richard Ferrand et Emmanuel Macron montre que l’autorité du président est désormais contestée par ceux qui pensent qu’il se laisse trop aller à ses mauvais penchants. En l’espèce, Ferrand n’avait guère envie de faire la part belle au corporatisme énarchique de Macron, et s’est fait utilement le défenseur d’un État plus impartial. 

Sur le fond, c’est la logique très monarchique du Président qui devrait prochainement en prendre un coup. 

La montée des idées sociales-démocrates

Dans la foulée de cette réorientation politique, Emmanuel Macron devrait faire la part belle à des idées qu’il n’a jamais quittées et qu’il a toujours pratiquées. En particulier, la dépense publique devrait être désormais parfaitement assumée. Son objectif de baisse de 3 points de PIB devrait être rapidement abandonné. 

Il suffit d’écouter les propos d’une secrétaire d’État « faite » par Macron comme Brune Poirson pour comprendre ce qui attend les Français: un retour à la doctrine Hollande, avec des principaux moralisateurs binaires (faire payer les banques, les riches, etc.) pour dissimuler des choix au petit bonheur la chance. 

Une fin de quinquennat sous le signe de la dépense publique

Le plus probable désormais est que, assez rapidement, comme nous le pronostiquons depuis plusieurs jours, Emmanuel Macron procède à un remaniement ministériel en profondeur pour changer de cap. Doté d’une équipe plus sociale-démocrate, il proposera des mesures dépensières pour sortir de la crise des Gilets Jaunes. 

Selon nous, cet arbitrage n’attendra pas forcément le 15 mars…

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