Quand les coups de poker de Macron reviennent en boomerang

Emmanuel Macron bénéficie d’un léger regain de popularité grâce à une attitude ferme vis-à-vis des violences et un maintien de son cap par-delà le Grand Débat qu’il a lancé pour se redonner de l’air. Mais son attitude de « risk taker » ne produit pas que des résultats positifs. Plusieurs difficultés s’annoncent pour le Président de la République.

Une remontée de quelques points dans les sondages pour Emmanuel Macron est-elle une hirondelle qui n’annonce pas le printemps? Beaucoup le croient, qui imaginent déjà une victoire du président sur les Gilets Jaunes. Mais à y regarder de près, la bouffée d’air qu’il s’est donnée pourrait se heurter rapidement aux limites étroites de l’espace clos dans lequel il s’est enfermé.

Plusieurs indices le laissent à penser.

La liste Gilets Jaunes perd les soutiens de Macron

La semaine dernière, des Gilets Jaunes annonçaient la constitution d’une liste aux européennes. Avec des éléments comme Haik Shahinian, ancien socialiste, Côme Dunis, qui n’a pas caché avoir voté Macron aux deux tours, ou Marc Doyer, ancien candidat LREM aux législatives, beaucoup avaient soupçonné qu’Emmanuel Macron était intervenu en sous-main pour favoriser ce dérivatif électoral à l’agitation des rues. Certains candidats s’en étaient assez mal défendus.

De fait, la constitution de cette liste a immédiatement érodé, dans les sondages, les résultats annoncés du Rassemblement National et de quelques autres.

Sauf que… les déclarations très anti-macroniennes de la tête de liste Ingrid Levavasseur ont créé des difficultés imprévues. On compte à ce stade au moins deux premiers départs sur la liste (Haik Shahinian et Marc Doyer), et peut-être un troisième prochainement (une ancienne militante UDI). Certains murmurent que Marc Doyer était le chaînon manquant entre les Gilets Jaunes et Bernard Tapie.

La liste Gilets Jaunes pourrait se terminer en eau de boudin et ne pas rendre les services escomptés!

Le spectaculaire lâchage du MEDEF

Autre mauvaise nouvelle: le patronat n’a pas beaucoup apprécié les fanfaronnades d’Emmanuel Macron sur le bonus-malus des CDD lors du Grand Débat auquel il a participé dans la Drôme. La fronde est surtout venue de la CPME et de l’U2P, qui  ainsi découvert que le Président avait décidé de la mise en place de cette mesure qui relève pourtant de la compétence des partenaires sociaux en pleine négociation sur l’assurance chômage.

Le MEDEF n’a eu d’autre choix que de suivre ses deux compères dans leur décision de quitter la négociation en cours. Le signal est très mauvais pour le Président de la République. Il témoigne de la division profonde des mouvements patronaux entre une base plutôt favorable aux Gilets Jaunes et un sommet acquis au gouvernement.

Il est intéressant de noter que la base impose ici sa ligne.

Plusieurs nuages s’amoncèlent

D’autres mauvaises nouvelles s’inscrivent au tableau de bord du chef de l’Etat. On notera deux signaux faibles particulièrement inquiétants.

Le premier tient aux révélations embarrassantes de Mediapart sur les vraies raisons du retrait de Chantal Jouanno dans le Grand Débat. Exaspérée par les interventions sans finesse d’un exécutif bientôt décidé à garder le contrôle d’une opération de communication, les coulisses de la brouille entre la président de la Commission Nationale du Débat Public et le gouvernement valent leur pesant de cacahuètes.

Le deuxième élément inquiétant tient au signalement au procureur lancé par le député LR Olivier Marleix sur les liens qui pourraient exister, selon celui-ci, entre le financement de la campagne électorale d’Emmanuel Macron et la vente du Pôle Energie d’Alstom. Le député a conduit une commission parlementaire sur le sujet. Même si le procureur n’ouvre pas d’enquête immédiate sur le sujet, on peut parier que la question de ce financement occulte reviendra régulièrement sur le tapis, dans la durée.

Le financement des retraites, nouvelle bombe à retardement

Parallèlement, Jean-Paul Delevoye continue à mener ses consultations pour réformer les retraites. Le sujet est risqué, surtout qu’il débouchera sur une baisse mécanique des retraites. Marisol Touraine fait partie des personnalités officielles qui s’en inquiètent.

Pour le Président, là encore, cette réforme est une prise de risque majeure, dans un contexte où la maitrise des comptes sociaux suscite déjà beaucoup de grogne.

Le Président pourrait donc se heurter à nouvelle conjonction astrale défavorable dans les semaines qui arrivent.

 

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3 réponses

  1. Fred dit :

    A un certain Stade, meme un president peut comprendre qu’il a atteint sa limite de competence… Et partir.

  2. Jiff dit :

    « Mais son attitude de « risk taker »  »

    Voyons, monsieur Riri ! Comment un pur sous-produit de l’administration dans toute son horreur pourrait-il, ne serait-ce qu’une seule seconde, prendre un seul risque !?
    À partir traverser en dehors des clous ou cacher ses comptes de campagne… À cet égard, il est, une fois de plus, toujours « intéressant » de voir l’extrême vigueur ainsi que la vitesse supra-luminique avec lesquelles toutes les zzzautorités de régulation, vérification et sanction n’ont pas réagit – selon que vous serez puisssant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir écrivait Jean de la Fontaine du fond de son cachot ; nul doute qu’il trouverait aujourd’hui tout autant de matière qu’en son temps pour alimenter ses fabuleux écrits.

    « La liste Gilets Jaunes pourrait se terminer en eau de boudin »

    C’est tout ce qu’il faut leur souhaiter – comment ces gens sont-ils incapables de voir que présenter une liste, c’est entrer de plain-pied dans le « système » qu’il dénoncent justement ? Et qu’en plus, se frotter à ceux qui vivent sur la bête en lui pompant le sang depuis des décades et sont rôdés à toutes ses turpitudes est une vraie folie si l’on n’y est pas dûment préparé ?

    À leur décharge, on pourrait dire que les manipulations, pourtant assez grossières, de certains ex-socialauds, ex-udi, ex-larem, ex-etc, ont été rondement menées et que, lorsqu’on a trop le nez dans le guidon, on loupe le paysage, cependant, il suffisait d’écouter les quelques analyses sensées à la radio, la TV ou même Youtube, pour voir que ce genre d’exercice ouvre toute grande la porte à la clique de McRonds à qui ils ne prendront pas beaucoup de voix.

    « le patronat n’a pas beaucoup apprécié les fanfaronnades d’Emmanuel Macron sur le bonus-malus des CDD »

    Ce gugus est littéralement incroyable, il s’est d’abord fait happer les doigts par la machine qui en est maintenant arrivée à l’épaule et il n’a toujours rien compris au film ! Quel hubris que de penser que, parce qu’on a fait science-po et l’éna et qu’on s’est retrouvé poussé sur la scène de la présidence par les oligarques, on détient toutes les réponses à tous les problèmes et que l’on peut imposer ce que l’on _sait_ être bon (ou bien était-ce une commande expresse de ceux qui tiennent la laisse ?) aux autres sans aucune concertation. C’est d’ailleurs également le lot de tous les génies qui l’entourent – et c’est justement là qu’ils devraient comprendre pourquoi certains cumuls de mandats devraient être, non-pas bêtement interdits, mais obligatoires, tels député-maire et sénateur-maire, car perdre le contact avec la réalité donne le résultat lamentable auquel nous assistons depuis maintenant presque deux années.

    Par ailleurs, se foutre du monde de la façon dont il le fait laissera des traces et sa seule échappatoire risque fort d’être à terme obligé de quitter le territoire – mais, bon, comme c’est un européiste con-vaincu, cela lui sera sans doute facile ; moins facile sera sans doute sa réception par les étrangers qui gardent un œil vigilant sur les frasques présidentielles (à moins qu’il ne soit propulsé de la même façon qu’ici chez les non-élus de l’ue, hypothèse qui n’est pas à négliger, puisque dans monde-là, monsieur, on ne sanctionne pas les erreurs, on les récompense.)

    Par ailleurs, vu la déliquescence actuelle du medef, il est peu surprenant qu’il soit dorénavant devenu un suiveur plutôt qu’un leader et ça vaut bien mieux comme ça.

    « Même si le procureur n’ouvre pas d’enquête immédiate sur le sujet, »

    Ça, la seule chose dont nous pouvons être sûrs et certains, c’est que ça va freiner des quatre fers sur la question (avec étriers en titane et disques en carbone portés au blanc) – c’est par ailleurs l’un des cancers avancés de ce pays ainsi que l’une des raisons pour lesquelles il n’a jamais été une démocratie et a très peu de chances de le devenir.

    « Parallèlement, Jean-Paul Delevoye continue à mener ses consultations pour réformer les retraites. Le sujet est risqué, surtout qu’il débouchera sur une baisse mécanique des retraites. »

    Goofy va frapper une fois de plus…
    Même si le climat actuel est assez tendu et le restera sans doute encore longtemps, et que pas mal de gens n’y comprennent malheureusement pas grand-chose, il n’est portant pas sorcier de monter sur la scène avec une présentation bien faite avec les graphiques qu’il faut pour expliquer que, dans l’état actuel des choses, il n’y a qu’une seule solution pour éviter une implosion rapide du système de retraite des non-poncktionnaires des systèmes de retraite : l’allongement de la durée de travail. Car présenter la chose en cachant la merde au chat pour faire que pour obtenir un taux plein, il faille faire deux années de plus, confine à l’escroquerie intellectuelle (une de plus ! Décidément, c’est devenu la bannière de McRonds.)

    Même (et surtout, héhé) si la chose ne plaît pas, le mouvement des GJ a amené une exigeance intéressante dans sa musette : arrêtez de vouloir tout cacher et soyez dorénavant transparents ; mais bon, c’est vrai que quand on a pas la conscience tranquille, il quasi-impossible d’être clair comme le crystal…

    « Le Président pourrait donc se heurter à nouvelle conjonction astrale défavorable dans les semaines qui arrivent. »

    Héhé, il-y-a effectivement peu de chances que l’alignement des planètes revienne avant un très long cycle.

    Peut-être que finalement, le gamin gâté qui ne supporte pas qu’on ne l’aime pas finira par grandir… d’ici deux ou trois décades ;-p)

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